il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase
tout sera né de l'intérieur de l'Ange
il suffira que je me glisse, et non que je me hisse, car l'Ange est proche de moi
avec Lui, mes lunettes sont propres, la lumière dirigée et les contours cernés
avec Lui, les objets diffusent leur clarté et les êtres leur sourire
ils sont épanouis du dedans, tendus en eux-mêmes par l'ouverture du haut, le canal violet de la couronne
c'est en ce point que le divin apparaît ; c'est depuis ce point que la voix change de terrain, et qu'elle s'exprime en de multiples éclairs
c'est à partir de ce point que l'amour rayonne en un paradis distinct... des autres paradis connus
les morts le connaissent et l'utilisent pour converser de sous les rêves des vivants
les morts eux-mêmes ainsi progressent... en ce qu'il leur reste de karma affectant, avec l'autre liant
les morts ne peuplent pas les tombes, mais bien les limbes des vivants... avec lesquels les élucidations perdurent
pour explorer les mondes, ils s'immiscent dans le fantôme des nuits pour faire éclater les toupies
les leurs ; les nôtres
ils ne savent plus que nous ; seulement, leurs modes sont différents : l'information en eux circule telle une quête de vérité—non évitée ou recouverte, mais surtout loin encore d'être touchée ou résolue
ils sont comme nous, mais en plus "clairs", plus présents, plus audacieux, plus confrontants, parce qu'aussi plus confiants
ils connaissent le cadre dans lequel ils évoluent "en grand", alors que celui-ci à nous-mêmes se refuse
ils se voient dedans, sans connaître toutes les réponses relatives à leurs vies d'avant
ils s'interrogent avec les vivants
peut-être même se réparent-ils dans leurs voies humaines ?
toi, c'est moi
ce qui s'est trouvé un jour sincèrement "lié" ne se délie pas aussi affirmativement que cela
ensemble, il faut continuer de cheminer... afin de trouver l'équilibre des sources et le retournement des circonstances
... pour qu'enfin elles disent "qui elles sont"
on vit généralement sur une ignorance : celle de pourquoi "on fait", pourquoi "on est"... ceci plutôt que cela
on croit ; mais on se trompe quant à la racine de nos motivations et à la perfection de nos exécutions
on ne pense que ce que le monde nous dit de penser, et l'on s'égare...
s'éloigner de l'Ange, c'est tomber en disparition ; c'est sombrer en ombre noire—sans miroir
c'est se décoller de son origine et de sa création ; c'est se détourner de l'allègement pour se laisser gagner par le poids
des fois, on les sent—l'enclume qui nous fixe, le piquet qui nous enfonce, la densité qui nous fige : le plomb
des fois, on s'envole depuis dedans... on a le droit ; ce n'est pas qu'on le prenne, on ne le pourrait pas ; c'est plutôt qu'on nous le donne, et qu'on ne sait pas pourquoi
... l'Ange est là
pourtant, le temps ne s'y prête pas ; pourtant l'obscur nous ronge et les larves nous achèvent ; pourtant chaque matin nous resserre sa dose de condescendance dans l'engrenage nouveau qui nous vient
pourtant, des fois, aussi, on ne veut pas
parce que l'on ne s'imagine pas... soi ; parce que nos dés-imaginations priment et enveniment nos identités incomplètes
alors, peut-être, ne relevons-nous pas la tête ? alors, sans doute, rampons-nous dans nous-mêmes comme des intrus, des voleurs ou des imposteurs ?
c'est 'bleu marine' dans la rue ; on entend des bruits de portières et des messes-basses... des confidences et des trahisons
de simples décrochements et de longs isolements ; des ambiances sourdes et glauques—où rien ne se dit absolument
l'Ange se morfond
et comme l'extra-terrestre, in-sagement, il attend...
... une chute plus géante, une perte plus profonde, un geste fatal ou final plus affirmé, un désespoir moins vociféré
... une discrétion plus consentie, une écoute plus affermie, une ouverture moins courbée, une disposition plus élancée
pour finaliser une histoire, il faut être deux... l'Ange prendra sa part... et ceci, jusqu'au terme de l'énigme...