j'en passe par une pente très raide ; un sentier de montagne exigeant pour le souffle—accentué jusqu'à la limite de ses capacités, intensifié jusqu'à la brûlure des poumons
je grimpe car, telles des pierres, les mots se font de plus en plus lourds à remonter : c'est par effraction qu'ils apparaissent dans des craquements de sols, qu'ils surgissent au milieu d'éclairs effrayants
l'écriture devient une catastrophe
elle m'écarte radicalement de mes programmes ; me happe, me gangrène, me dévore ; me grandit, m'anoblit, me transfigure
je me vois devenir l'Ange—rapide et torturé ; tour à tour doux, docile, ou vindicatif, acerbe... le plus souvent ferme et précis
l'Ange me dicte si je ne dialogue pas avec lui ; l'Ange en direct m'invite à lui demander : et je le vide de ses substances supposées
je le gracie ; il m'exécute ! il me prend en lutte, m'incorpore sans ménagement et me fait cracher le tourment—la raison ou le dément
personne ne retient ce qui est dit : chacun s'approprie quelques mots seulement comme une orgie ; chacun vit sa lecture comme un passage en riche absurdie ; chacun se nourrit d'intelligence maîtresse sans fils initialement porteurs
c'est que la couture n'est pas faite comme à l'ordinaire : elle entrelace des fumées et des ardeurs
une voix se fait entendre : celle de l'Ange Michael—qui grince et chuchote des paroles d'avant ; osera-t-il celles-ci ?