l'extinction en moi est obsédante ; elle enchante mes élans vers l'envol, mes préparations à la chute, mes immobilités jusqu'à la dissolution
une fois dit cela, demeurent les mots et vos yeux incrédules pour les parcourir gentiment, les languir nonchalamment ou les galoper ardemment
depuis, lentement, j'ai disparu—ma disposition tout au long ; un jour, j'y serai bien... en attendant, faire passer le train de ces impressions, ces imaginations, ces illuminations, ces dégradations, ces transpositions
je réceptionne les mélodies et les fais transiter en un processus secret jusqu'à ces lignes... flexibles, volatiles, inaudibles, incompréhensibles
elles ne sont pas une fierté ; elles sont un écho, un déplacement, une démonstration ou une révélation ; on ne les entend qu'à peine, mais on les soupçonne pleinement
l'Ange, comme le chat, veille au grain... pour que rien ne se perde de l'eau cristalline, pure merveille
les Anges et les chats raffolent des sources où les jets projettent des bouillons lisses et des essences légères
et moi, je les suis... j'assiste à leurs consciencieuses distractions, à leurs ablutions, à leurs dévotions et à leurs soins
je ne résiste pas !... c'est comme si j'y étais moi ; ensemble, nous nous aspergeons, nous nous révolutionnons ; nous nous entrecroisons ; nous nous aimons ; une triade inoubliable
ou un trio infernal... pour la joie des minutes à passer, à tenir, à perdre, à méditer, à se peler ou à cuire
je n'envisage pas de changer—c'est "ma relation"
alors je referme le boudoir incertain et je me lance vers la maison—plus grande, plus hétéroclite, plus visitée et cosmopolite
je m'inflige de me fondre et de discuter, de rire et d'argumenter... enfin, de me taire et d'écouter !
je retrouve il y a 23 ans en singulièrement "plus grand", car je n'ai plus à rougir de mes inventions, divagations—extravagances multiples ou simples épanouissements
le hasard est fourbe, sournois, cynique et grincheux ; le hasard est sidérant, stupéfiant, absolu et gracieux
le hasard, je le vis en cet instant où la courbe se relie et où l'arc puise sa force énergétique dans le passé... lavé, déchargé, dégorgé... ultimement expurgé
et si souvent les chats dorment impunément, les Anges eux n'ont de cesse de se rappeler ce qu'il leur reste de karma humain à digérer : à dés-inhumer, à ré-éprouver, à reconsidérer, à ré-agencer et à ré-intégrer via l'alchimie et le pardon, le laisser-partir et la paix
les chats se reposent, tandis qu'incessamment les Anges travaillent !... et dégagent les départs et les arrivées
la course, elle, se joue solitaire : elle implique de s'engager et de se lancer, de s'abandonner et de se jeter... dans les vides sidéraux que ménagent les fantômes affamés et les dieux jaloux
j'embraye sur la non-suite ; je me demande toujours toujours ce que réserve le paragraphe suivant et la locution le remplissant
une expression, une seule
pour faire passerelle vers le paysage à venir—porteur de nouvelles formes, nouveaux diagnostics, nouveaux questionnements
j'alerte mes arrières pour mieux définir encore ce que je vois de plus dans le karma : les grosses scories sont parties ; les résidus sont ténus ; les poussières sont légions
elles m'enveloppent tel le sable ; voilà pourquoi là-bas je veux partir !... et n'avoir qu'un but : définitivement par le vent les balayer dans le non-sens et l'oubli, l'insignifiance, l'insouciance et la liberté—à deux
rien qu'avec toi, si vous saviez !
j'imagine par bribes de coupures de journaux ; j'envisage par lambeaux d'images fluo
des sentiments que les chats probablement ne connaissent pas, mais que les Anges invariablement nous assignent et nous préparent
sur le long terme, on s'assagit ; on marche, on boit et on s'assoit ; on s'écroule, on persévère et on devine, on repère et on entrevoit
je suis sur la marche devant toi ; je plane entre deux hémisphères et enfonce mes pas
réguliers, ils tracent en zig-zag et s'échelonnent en escaliers jusqu'au sommet de la dune
je ne sens plus mes brûlures de pieds, mais je pleure d'émotion : là, devant moi, tu foules le Sahara avec moi
et les étoiles par millions protègent notre sommeil aérien ; il fait froid ; je te tiens par la main : chaude, ta paume me fait l'effet d'un baume... mon coeur alors de l'intérieur me réchauffe comme avant
les chats m'attendent peut-être, mais je suis là—plantée dans le levant et dans le couchant, sous le zénith fiévreux et sous le noir numineux
plus beaucoup de temps ; c'est géant ; j'attrape la vie par le pantalon pour qu'elle me retienne jusqu'au bout de mon temps, et pour qu'elle m'apprenne la patience, la constance et la présence, et non le désistement
je m'abstiens de dire et te regarde obliquement : tu enregistres de micro-sons et perçois acoustiquement l'environnement ; comme je peux, j'emboîte tes dons, écoute réellement et me dresse brutalement à dos de dromadaire... qui blatère
je referme ma peur et profite de cette générosité bruyante de l'animal pour m'exalter discrètement
le reste, je le découvrirai... un jour, une nuit, littéralement, je le deviendrai
et toi, tu créeras... pour le plaisir instantané du moment, pour la joie annoncée du survivant, pour le silence entre nous de la méditation
dès lors que je me relie à "ça", je pénètre les dimensions et rallonge mes ébats
ma vie ne prend sens qu'avec cette philosophie-là, sur cette étagère-là—rangée à côté du livre qui porte mon nom
je te la dédie... pour un élan surnaturel, un coup au coeur ou une larme de sang
et, heureuse, je finis par... arrêter de respirer définitivement
c'est chaud, c'est mou ; c'est glorieux, facile et réconfortant