quand on est incertaine d'écrire, c'est que le sujet manque
de sujets, notre vie en est toute pleine remplie... mais, de l'intérieur, les récits naturels ne se font plus ; d'eux-mêmes ils ne s'explicitent plus
habituellement, c'est l'inspiration nomade qui guide mes pas ; depuis plus de deux mois, elle inscrit ses diagonales et ne laisse "rien"... sans, avant tout, "le" boire
je suis percluse de maux doux ; et les sirops tapissent ma gorge d'encres félines... je n'ai plus de toux
mes mots sont des ondes que je balance tendrement depuis l'enfance, et que je désapprends à aimer... juste les donner
je voudrais une raison, une tension, une maison...
pour encapsuler les anges et les dragons, les âmes et les démons ; pour délimiter les délices des tentations et les glissements des outrances ; pour faire exister et l'ivresse et le fiel, sans les mélanger, ni du tout jamais m'en abreuver
je suis fermée ; sans doute vais-je m'adapter... sans craquer ; parce que le fond, si puissant, on le connaît... on le défie, on le supplie et on le remercie—sans savoir à qui s'adresser
le coeur de cristal et d'argent, longtemps, on s'est posée dessus : il nous a irradiée ; depuis le bois brûle dans l'âtre de nos rêves... que l'on voudrait rendre plus réels
on n'est pas au bowling ! mais la vie est méchante : elle nous partage en de faux dilemmes ! nous jette dans d'abrupts croisements ! et nous étreint en de stupides noeuds !
et là, je m'évanouis ; c'est clair, je disparais
stop ! je ne veux plus ; je me ravise et, sans me dédire, me replie et me soustrais
vous ne me croyez pas... mais créer sans voie, c'est ascensionner un gouffre ou ne respirer que du souffre
je chemine selon un principe d'équilibre non-résolu ; je m'affaire à produire sans retenue ; par personne je ne suis détenue...
je m'exige moi-même sans recul, ni affirmation, ni même tout-à-fait de conviction
je rempile pour x années... de mansuétude et de désuétude, de non-turpitude et de recueillement
je cherche une issue, une grâce ou un relèvement
je donne un point final ; je bouscule le timelapse...
je ne me veux plus comme avant ; je prends un tournant... je me quitte en m'acquittant, et ne me retrouve plus en m'accusant
c'est fini ; plus rien pour moi n'apparaît digne et vivant ; je m'en vais...
achever ce texte est déjà une torture, car il convoque l'affect qui lui-même ramène la temporalité
je ne veux plus en manger
je veux juste m'épargner, et partir serrée... seulement peut-être m'évanouir—légèrement me détendre, puis tomber
sans que l'autre cette fois ne me retienne, car je n'ai plus rien à donner
il ne faut pas que les jours reviennent ; il ne faut pas
de plus en plus familière du dément, mes états frisent la colère et l'émoi ; contre quoi ?
contre le temps qu'il me reste à parcourir sans grisement et sans joie, sans humeur et sans ardeur
le texte toujours défile : toujours pas "évanouie"... !
la musique dispose à l'infini ; je suis une fille de blues et de rythme ; mes gestes dans ma tête suivent des chorégraphies... de source et de vie !
alors c'est simple ; je swingue et je souris
les mots enfin m'abandonnent, et les voyages se fondent et se chaînent... en d'infinies gestuelles
je veux bien ne plus "dire" et juste assister les plis de l'existence quand elle est assise
je veux bien suspendre des générations de sentiments et dégringoler l'escalier
à condition que ce soit le tien... celui de ton habitation derrière la bergerie
je m'accroche à son crépi et à son bois
l'ours me regarde familier et pantois : il m'invite sous la neige à le réchauffer
les câlins, je ne sais qu'en donner
ouvre-moi tes bras que je reprenne goût à toi dans l'extase de nos états, dans la débandade de nos désarrois et dans l'assurance de nos tempéraments
ta compagnie est fidèle ; la mienne est obsessionnelle
endormons-nous donc pour de bon au fond du jardin à l'abri du noyer
les flocons nous enseveliront pour manifester notre union
ma gratitude est ton nom
à son écoute, simplement, je me déshabille et je renais