vous êtes là ; un peu loin... mais je peux tendre les doigts et toucher ce qui émane de vous
vous vous rassemblez, diffus ; vous vous blottissez, gelés ; vous écoutez, comblés
je vous accompagne dans le monde d'en bas, si exalté de moi, si demandeur de vous
tous, nous abandonnons quelque chose de vain pour gagner le nocturne qui vient et joindre la Lumière qui s'éteint
... un laps de temps succinct ; c'est le deuil nécessaire aux grandeurs assassines et aux moeurs marginales, quand celles-ci annoncent l'éveil
... cruel et réel sur nos mains
je n'entre plus dans demain
je vous envisage silencieux et sereins—attentifs au son de ma voix qui narre l'avant-dernier chapitre de ma conviction
je ne vous regarde pas : vos ombres nagent à fleur d'horizon, dans ma réalisation et dans ma fiction
et j'étire le voile qui nous sépare de l'étrange éphémère dans lequel ardemment, ensemble, nous nous perdons
pour "voir venir" ce qui nous attire simultanément... et dis-associativement, en un double tranchant d'élan et de répulsion
je vous embrasse dans la peur d'y être plus que moi-même et moins que de raison... sans saisons—sans rythmes, ni odeurs, sans envies, ni pulsions ; déjà perdue dans l'impasse d'un chemin ; déjà attendue dans l'extase d'un jardin
... le seul vivace d'entre ceux qui ne sont plus
"attendue"... par qui ?... par la route qui sinue dans la vérité atténuée ? par la morsure qui saigne le désir passé ? par le vent qui oublie de s'alimenter ? par le singe qui alarme les vertus alignées ? ou par l'au-delà qui dirige sa totale volupté ?
le Tout, en sa vacuité
j'y gagne en sel, au souffle de la mer... là où je souhaite me recueillir au terme de l'endurance cellulaire, à la fin du cycle des chimères
je capte ces effluves de vous—qui, à me lire, n'avez perçu que le fluide dans son éternelle corrosion temporelle
appesantie sur nos devenirs, je cercle les dimensions harassées par le malaise et bridées par "la saisie" ; les automatismes nous rapetissent en nos délires subtils et nos fomentations habiles, mais rien n'égale le réflexe de survie dans l'Affection
Celle-ci nous guide en nos zones profondes—nos préhistoires et nos catacombes... en nos vies égrainées sur le fil du rasoir
est-ce que Quelqu'un nous aime ?
l'Espérance est-elle digne de nos espoirs ?
quelqu'un me dit que l'Ange fait le pas... qu'Il comprend le risque pour nous du trépas, qu'Il sait chaque trait de notre misère humaine
... et que parfois, Il en adopte aussi l'apparente sensibilité corporelle
mon Ange, plus vulnérable que son humaine dans son émoi ?
mon Ange, plus humble que son Dieu dans l'oubli de Lui-même ?
alors Il nous rejoint pour une partie de câlins, pour une joute de destins ; pour une gloire opportune, ou juste pour une descente parmi les siens
alors l'Ange est heureux
Il accomplit simplement sa mission, discrète et salutaire, triomphale et originaire
Il se sent bien parmi "nous"
Il véhicule le sens commun de ce qui nous meut quand de concert nous créons—quand soudain gratuitement nous nous animons et aimons
quand gentiment, à notre condition nous nous acclimatons et nous acquiesçons
quand la Joie l'emporte sur le bonheur
quand le Temps disqualifie l'empressement
et la Poésie dissipe la rumeur
Grande alors est la Voie... vers l'ardeur de Toi—qui gis en moi et qui "éprouves" cent fois !
sans périr, j'attends le moment de nos Lois et vis à l'aune de ma Foi
j'écourte les principes "prisonniers" pour ouvrir ceux de notre large écoute familière
et il devient Toi
lui, l'homme, devient l'Ange de moi... en sa bourrasque non-simulée, en son harmonie chaleureuse, en sa facétie musicale, en son génie imaginaire, en son devenir légendaire
je n'oriente pas les traces ; j'assimile ce qui vient et qui devient
pas une once de lendemains, à deux sereins ; pas une once non plus de crispation sans lui, c'est certain
l'exigence nous rend essentiels à nous-mêmes et frêles face à l'accident—qui un jour de nulle part surgira, comme l'anodin
je ne veux rien ; je suspends la grâce à l'authenticité d'un sentiment majeur—qui fait tuteur
et je le replace dans l'aléatoire des arcanes trop peu tangibles de ma douleur à aimer sans toucher
on donne à l'éternité ce qui vient s'enrouler au courant de notre vitalité
on le prolonge ou on l'abrège à notre gré ; on le gonfle ou on l'étouffe à notre volonté : c'est notre liberté
mais tant que "toi", le courant me remplira, me soufflera et me météorisera, moi...