et si l'on repartait quelque part sans que j'en connaisse le thème ?
et si l'on s'arrêtait sous le casque alors que chaque fois j'en attends du bonheur ?
l'effet des mots est un euphorisant ; mais à force de balayer quotidiennement devant ma porte, tout est devenu bien trop propre ! l'inspiration n'est plus nourrie que par des bouts de sentiments intégralement vécus au présent
ils sont pauvres ; je vide le fond ; je suis à sec... donc, bien volontiers j'évoque cela—sans filtre, ni travestissement
je deviens pure du dedans, plus allégée à force de "donner"—de javelliser, de contractualiser ou bien de confisquer
éternellement, je chercherai à m'éteindre dans le mouvement... ni malfaisant, ni éreintant... juste un tantinet dérangeant
les vagues de la mer en arrière-plan me procurent la migraine ; c'est quand même triste et dommage... comme je voudrais qu'il en soit autrement
c'est un refus, une dénégation, émanant d'un caractère acariâtre et sincère ; d'un avatar discret ou d'un criminel solitaire
quelque chose tout au fond ne tourne pas rond : on ne sait plus bousculer la plupart de nos habitudes ; on ne peut plus chambouler tous nos refrains ; quelque chose de dur et de résistant au temps s'est durablement installé dans nos comportements ; la racine est profonde
le manque d'imagination ; l'impératif du courant ; la routine de maintenant... le TOC mal placé, le pli du pantalon et le masque à virus
ce qui fait défaut, c'est simple... est de l'ordre de l'amour partagé ; parce que l'amour, désormais, on le veut vif et soulagé, tendre et rusé, attentif et non-alcalin
on ne sait inventer ses journées... alors on les brise à coup de plume et d'anxiolytique—l'un n'allant pas avec l'autre
pauvre vie de nous ; tout cela, parce que l'autre n'est pas... là, pour nous faire l'histoire des contrariétés et des rapprochements, des discordes et des réconciliations, des bas et des hauts, des vides et des pleins
pour "absent" que ce soit, autant que ce soit moi qui le sois
si le désert est déjà là, que je me perde définitivement dedans... sans appeler les autres à ma rescousse, ni m'épancher sur le sort des Anges, comme je le fais présentement !
plus de labyrinthe, plus d'opposition, plus de gradation, plus d'évaluation : rien que rien, si ce n'est "toi"
un repos magique en perspective, sans mal au coeur, au ventre, à la tête ou aux dents ; sans états d'âme, et dans le seul anéantissement des fonctions de l'ego : sans que demeure la conscience de veille, ni même celle du sommeil
qu'adviendra-t-il alors de moi ? si je perds tout de mes capacités ordinaires, tout de mes manquements capitaux et de mes dispositions illusoires
ce serait bien ; bien pour le réseau de mon petit monde—car le grand à cette nouvelle en rien ne tressaillira
ici, je ne parle que de vacuité, mais au sens de la fin ; alors que la vérité réside dans l'émergence... seulement, là, il me faut fournir un effort !
le monde animal me guette dans sa lâcheté et sa veulerie, son coulé, son lâché et son ignorance associée
le reste de ma vie, malheureusement, c'est la peur... tout le temps—dans l'interface avec l'administration, avec l'hôpital ou avec toi
je crée ma prison et en fais le récit pour faire aléa, accident ou distraction
je le répète : quelque chose en ce moment vraiment ne tourne pas rond ! la spirale vit son trou d'eau sans du tout se reboucher à mon passage ; elle m'absorbe avec fascination et langage
aucune joie, aucun éveil, aucune restauration, aucun relèvement, aucun "toi"
je continue à "me concerner" moi-même au fil du seul bilan de mes émois, et à franchement m'exaspérer ! vivre m'est étranger ; les aventures altérisées n'arrivent plus jusqu'à moi ; comme c'est bizarre
cela ne me ressemble pas
aurait-je abandonné ? perdu un pull sur la grève ou attaqué l'un de mes chiens fidèles ?
je ne décolle que sur ces images qui font la somme des mois... passés comme cela à décliner dans la pureté
mon appel en demi-ton est celui d'une rescapée de l'ennui et de la contemplation
le moine, lui, s'habite de l'Autre, sans jamais se retourner sur lui-même autrement que comme "pécheur"
son intégration intérieure au fil des années est totalement solaire, totalement irradiée—sans acharnement, sans capitulation, sans glorification, et aussi sans décapitation
chaque expression m'entraîne un peu plus loin de ma raison, ou me pousse toujours plus près de ma dissonance—en cette consistance baroque qui me caractérise si bien
le moine, à l'office, s'unit ; l'écriture—mon office—me synchronise, mais de plus en plus "à vide" sur des sujets qui n'existent plus
le discours intérieur électro-encéphalographique m'agite au rythme du vivant qui ronronne gentiment ; cette assurance fait profil bas ; elle tient les fonctionnalités à flot sans permettre le sens naissant, la jeunesse active ou la norme joyeuse
le tabernacle de mon enfance poursuit son destin dans la pleine lumière, tandis que s'envolent les destins de tous ceux qui l'adorent
les psychés déboussolées redeviennent des maîtres—sans ouverture, sans écoute, sans discipline, sans sagesse... dans un cinéma permanent
en déroulant leurs misères, les entraves alors racontent leur mystère—sans répit, sans dégagement, ni solution
je m'engage à tenir ce journal pour évoquer ce qui file quand rien n'est dedans—quand rien ne s'est encore révélé, ni n'a encore expiré
je m'engage à vivre le maximum de niaiseries pour raconter les délires sains de nombre d'entre nous
les musiques sans le son et les visions sans la couleur ; des heurts avec vibrations et des panoramas avec frissons
je m'engage à n'évoquer que le vrai, et à le faire vriller... jusqu'à ce qu'il concède une affaire "pas pensée"
je m'attache à l'exercice consistant à formuler dans la rigueur ce qui tranche avec la volonté... puis je m'en arrache !
me voici