l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

sans plainte, ni débat

on est un samedi ; il n'y a pas de musique ; le ciel est bas : une luminosité de mi-décembre à peine distincte derrière les doubles-voilages

contrairement à la semaine dernière, la fatigue m'étreint et me défait sans scrupule ; je déambule, certes dans le propre, mais toujours dans le virtuel

dès lors que je me cogne au plafond, je fais des bosses et rebondis mal dans le molletonné de ma couche

souvent, je ne voudrais que dormir, me blottir, me laisser imprégner, attendrir, puis éteindre

mes yeux clos ne s'ouvrent plus sur le monde, mais te cherchent, toi... qui te reposes là-bas ; toi qui me communiques ton humeur, ton enthousiasme, ton irritation, ton grotesque ou ta joie ; ... ta chaleur et ta voix

je me chauffe, m'embrase et me dissous à ton contact ; une énergie tantrique me saisit et m'érige en à la manière d'un phare sans aucune tempête : sa lumière, c'est pour qu'elle gagne le ciel

ses rayons me tiennent debout comme le souffle gonfle le ballon ou les flots le lit de la rivière

je suis habitée... co-existée ; en équilibre devant toi, je m'habitue à retrouver mon dynamisme et ma confiance, mon ouverture et ma tranquillité ; je t'accueille en notre demeure, et retrouve le courage de poursuivre et l'envie de sourire

la nature, qui n'a pas changé, est à nouveau belle ; elle, qui me ressemble en ses drames, ses ascèses, ses désarrois et ses extinctions, soudainement renaît par le chant de l'oiseau... auquel bien vite se joint celui de beaucoup d'autres oiseaux

les mélopées s'harmonisent ; alors je me sens saine et entière, vivante et régénérée

plus besoin de béquilles : le monde tourne mystérieusement rond en sa sphère émergée

et l'éclat refait surface... en nos créations réanimées, ravivées, ressuscitées !

chaque fois, je le sais, je renais... dans un cadre simple, protégé, pacifié, essentiel et merveilleux

chaque fois, tu le sais, l'étoile qui fait son tour, va scruter la brume du matin, le sous-fond du canal, les limites de l'ouvrage, et s'en revient... plus éblouissante que jamais

elle nous scrute et nous rassure ; elle nous contacte et nous imagine ; elle nous fidélise et nous habitue

au coeur des nuits blanches, à 4h07, elle surgit, s'installe et romance ; elle s'agite, s'impatiente et devance

l'étoile nous voit libres et unis, forts et sensibles, amarrés et téméraires, attachés au Temps et à l'avant-garde

nos archives débordent de projets : les tiens ; les miens ne s'actualisent qu'au présent

chaotiquement, je les porte sans pré-pensée et dans une pleine réalisation, sans public vraiment

ils sont ma consubstantialité de survie, mon possible en attente de redirection, mon espérance en quête d'attention ; ils sont mon don

je ne me grandis autonome que dans leurs sillons—même illisibles, imperceptibles ou indistincts

je suis leurs traces pour me conformer à ma route quand, trop fragile, celle-ci s'efface fugitive sous mes pas ; je ne me retourne pas

toi, tu bats pavillon sans personne à bord, ai-je envie d'écrire ; mais c'est faux... tu entraînes de nombreuses gens—tous adeptes !

... tous nostalgiques de ce lien perdu de nos civilisations urbaines : lien originel, lien fraternel, lien spirituel, lien naturel

on le cherche tous en soi... pour atteindre, accepter et comprendre ; pour appréhender, incarner et fonder

on l'accapare tous, chacun selon des pratiques adaptées à nos vies d'incarcérés

toi, tu leur échappes !... tu échappes à ta propre vie sous cloche : incessamment, tu scrutes les vaques... pour gagner de la vitesse et du souffle, de l'agilité et de l'aisance, de la liberté et du sens

depuis la plage... je regarde ; la profondeur de mon lac se reflète dans tes bouillons en ce qu'elle attire le grand large, l'épopée—ses tourments et ses consolations

sans psychologie, je m'adresse à toi ; je te confie mes maladresses et tu sursois ; on avance comme cela

tu vis de contemplations et de décisions, de sommeils et d'actions, de décollages et d'amerrissages, de voyages et d'escales

je te capte entre deux vents ; et, à côté de moi, tu te poses pour converser... des fois sans repère, ni fin

j'aime ainsi m'embarquer... éveillée, déplacée, accompagnée, sécurisée

j'aime ainsi m'apparaître... dans des dimensions que je n'explorerais pas seule

les fenêtres ouvertes, je rêve physiquement de grands vols, de grandes enjambées, de grandes immersions, de grands risques aussi !

les aventures "naturelles" répondent à des tensions de vie, qui elles-mêmes génèrent la lumière des peuples

l'imaginaire surnage au frais, véhicule les inconscients, déclenche les récits et provoque les mythologies

les histoires se remplissent et basculent de l'autre côté ; elles amortissent les reliefs, aplanissent les peurs et chavirent les préjugés

on y va !

on est partants... le temps de nos émulations, de nos transports ! de nos ondoiements... de nos ennuis, nos dégrisements... de nos ivresses, nos enchantements

on va tout vivre pour de bon !... alors, le désert ? dis, quand le fouleras-tu ?...

je caresse mon futur avec une main de velours ; mes affaires sont prêtes... ! je te suis dans mon périple qui se dessine sans maître

je t'avoue dans mes désirs et te contourne dans mes misères

on y est !... c'est comme si... ; tu viendras et je serai là ; les enveloppes de sable nous absorberont et nous nous tiendrons dans la distance que seuls les coeurs liés peuvent se permettre

je sublime l'oeuvre par la présence à cette vision, qui n'est pas une chimère

je sacralise la relation dans la méditation auprès des tiens, qui n'est pas un leurre

tu m'invites à venir pour un partage sensoriel et sonore hors perceptions rebattues, pour une marche silencieuse sans plainte, ni débat

je t'invite...