l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

trop d'altérités

j'en passe par une pente très raide ; un sentier de montagne exigeant pour le souffle—accentué jusqu'à la limite de ses capacités, intensifié jusqu'à la brûlure des poumons

je grimpe car, telles des pierres, les mots se font de plus en plus lourds à remonter : c'est par effraction qu'ils apparaissent dans des craquements de sols, qu'ils surgissent au milieu d'éclairs effrayants

l'écriture devient une catastrophe

elle m'écarte radicalement de mes programmes ; me happe, me gangrène, me dévore ; me grandit, m'anoblit, me transfigure

je me vois devenir l'Ange—rapide et torturé ; tour à tour doux, docile, ou vindicatif, acerbe... le plus souvent ferme et précis

l'Ange me dicte si je ne dialogue pas avec lui ; l'Ange en direct m'invite à lui demander : et je le vide de ses substances supposées

je le gracie ; il m'exécute ! il me prend en lutte, m'incorpore sans ménagement et me fait cracher le tourment—la raison ou le dément

personne ne retient ce qui est dit : chacun s'approprie quelques mots seulement comme une orgie ; chacun vit sa lecture comme un passage en riche absurdie ; chacun se nourrit d'intelligence maîtresse sans fils initialement porteurs

c'est que la couture n'est pas faite comme à l'ordinaire : elle entrelace des fumées et des ardeurs

une voix se fait entendre : celle de l'Ange Michael—qui grince et chuchote des paroles d'avant ; osera-t-il celles-ci ?

je me hisse toujours plus à son niveau ; je le tente difficilement, car le souci est immense et la pénibilité franche

il se hasarde à me susurrer quelques expressions dans les têtes bien tombées et dans les coeurs mal nommées... pourquoi ?

parce que l'Homme le plus couramment se soustrait à l'entendement suprême et vaque à ses sous-rengaines couvertes d'émois

le coeur n'identifie pas ce qui lui arrive vraiment ; il subit le retour des hurricanes ; rien pour lui n'est assez cotonneux

s'adresser à nouveau à l'Homme, c'est le prendre par sagesse—l'envelopper de rude délicatesse et le développer dans d'ignorantes allégresses

car tout est vain : c'est la fin... de tout, de nous, de soi ; que reste-t-il de nos parents ? et qu'advient-il de nos enfants ?... de l'Amour pur

avant d'en venir à cela, que de grouillements, de balbutiements, de négations et de retournements

j'en suis là... maintenant ; je ne veux pas, je ne sens pas : l'ouverture est scellée, atrophiée, muselée

alerte maximale

le coeur se rebiffe, soupire, ou mieux, s'endort ; des fois, il ne capte pas l'importance de cela ; son urgence vit à côté

l'Homme ainsi, comme moi en cet instant, ne sait l'Amour géant—non pas qui indéfiniment l'attend, mais qui d'ores et déjà par rapt le surprend

il nous faut connaître la vaste version de humanité et la saisir en son essence profonde ; et pour cela, se fier à un coeur tendre, attentif et pénétrant, qui bien des fois nous manque au matin quand on se replie sur soi

c'est l'autre qui en nous ne vient pas pour faire illusion et créer l'étincelle d'émotion, de réalité et de distraction

les coeurs perdent de leurs niaiseries en jouant dans le labyrinthe des sentiments ; ils naissent à eux-mêmes en s'affranchissant des carapaces stériles—inutiles et tenaces ; ils se racontent en s'amollissant jusqu'à leur être de chair en la Matière : ils sont ronflants, palpitants, vifs ou nonchalants ; ils se révèlent, sans chimères, ni artifices, à condition de leur répondre par le fer et le velours, par le sens et le chemin, par l'oeil et la main, par la caresse et la pulsion

les coeurs sont nos conjoints ; ils réclament leur valeur et s'affirment avec force sans candeur ; par eux, nous nous rejoignons en nos centres d'affection et de compréhension—d'ombres et de lumières, d'agression et de compassion, de courage et de convulsion

je ne parodie rien—et aucunement la clameur de ceux qui, libérés, accèdent à la grandeur, à la vérité et à l'universalité

je dis simplement que je ne sais, car mon coeur est chagrin

il ne se déplace qu'en crabe, et appelle ses chamailles : trop d'altérités

avant de boucler, il faut avec justesse "pointer"... ce qui sature ou qui fait défaut : les gênes qui fabriquent les dégradations, et les peurs qui nourrissent les exaltations ; le mélange des deux

je ne suis nullement prête à sacrifier ma nature qui m'informe de ses structures ; mais je souhaite la simplifier...

les grandes fatigues sont aussi de grandes frustrations—de grands rétrécissements, ou de lents élargissements : des accouchements

je m'élève avec les cloches : c'est essentiel ; leur clameur bat l'unisson des populations

rien ne vaut la terre de la Mère bénie par le chant du Père ; et l'atmosphère intermédiaire...

le rythme du coeur se cale sur les cadrans de la guérison ; et tout s'allège en une seconde ; tout se brise en éclats d'eau et de poussière, de verre, de vert et de vers

ceux-là reviennent, car ils sont certains ; ils nous éloignent de la fin en ce qu'il digèrent et régénèrent les énergies précédemment épuisées

pour qu'en l'Amour nous puissions définitivement "partir" et, comme l'onde, avec nos inconstances nous amuser ou nous consoler

le Père, la Mère et l'Amant sont là... bien organisés ; alors que vérifier ? qu'anticiper ?

et si je finissais là ? pour de bon, pour de vrai... comme en songes, quand la course à rebours nous met à l'arrêt, et que c'est l'éveil !

je frémis abasourdie soudain par tant de tranquillité et de coeur : je suis née dans la douleur... de rêves qui brassent les noirceurs

je suis née dans l'abandon des miens, quand ceux-ci ne connaissent plus le rôle qu'ils ont et font valser les valeurs communes

je suis née... uniquement parce que je me suis "réveillée"... du sommeil ou de l'écriture, de l'accaparement des inconscients et de l'invasion des projections

je suis née donc... par erreur ; et me réserve par pudeur