l'Ange, je ne l'appelle pas ; je le rafraîchis chaque fois qu'en moi je sens une disponibilité
alors, il dispose son regard sur ce que je vois...
comment est-Il ? doux, tendre, gracieux, compréhensif ? ou bien ferme, tranchant, acerbe, ou même terrible ?
allons voir... ce qui est sûr, c'est que mon Ange est "blanc" ; il aime s'éblouir de lumière et se baigner dans les ondes
souvent, il se décolle des réalités amères et se soustrait aux conflits grisants
ce n'est pas qu'il soit lâche, mais son possible est "autre", externe à cela
Il ne parle que de ce qu'il a connu naguère dans le Paradis Blanc
Il m'y emmène pour que je m'enveloppe dedans, que j'y repose et que je m'y endorme innocemment
mon Ange, comme "un Amour", me sait... Il m'élève comme un ballon, me transporte dans les sphères, et ne me dépose plus jamais
j'y suis avec l'Autre, unie à Lui dans l'acte céleste
après je pourrai regarder la Terre ; après seulement, la misère, le mal et la réparation
après seulement, la contrariété des destins, la larme et la grandeur des hommes
après, les coeurs de douleur, les corps démembrés et les âmes arrachées
après... laissez-moi là, juste là où je suis, là
l'Ange me prépare à être forte dans le combat... pour affronter les joies
là, il n'y en a pas : l'état, lénifiant peut-être, n'éprouve rien de particulier, si ce n'est l'Amour premier
là, ni montagnes, ni gorges ; ni plat, ni relief... ni "mêmes", ni contrastes... juste un sentiment qui remonte jusqu'au coeur
plus haut, plus haut... on quitte le solaire pour s'enivrer de "clair" ; on oublie sa personnalité pour se répandre dans le frisson
la présence glacée de l'Ange emplit notre chair et éclaire notre jugement... nous la voulons, pour nous sentir "bénis", "unis", et peut-être même "pardonnés" des maux infligés et des fuites abusées
notre vie perd de sa substance de vie peut-être, en ce qu'elle nous expose moins
notre déréalisation bat son chemin, mais aussi s'abstient de rompre tout-à-fait le fil
revenir ; comme d'une 'nde', se résoudre à rebrousser l'élan vers là-bas, en ce que ce "là-bas" n'est pas porteur du travail
je ne reviens pas... pourtant, je m'y vois
c'est un caprice, une conjecture d'enfant ; une affection d'antan qui perdure jusqu'à un "au-delà de maintenant", un "au-delà de toi et de moi"
c'est le monde que nous sommes (encore) quand nous ouvrons nos bras, et que simplement, nous nous écoutons
j'ai toujours entendu battre ton coeur...
ton coeur jaillissant et ton regard vibrant, qui ouvrent magnifiquement les miens
nous partageons ici les secrets de la Création
nous nous octroyons une trêve ; nous nous engouffrons dans une brèche... pour y trouver refuge de contemplation
avant de nous ré-extraire du cocon ; un mouvement toujours ingrat, prématuré et violent : une disgrâce
je m'y résous chaque fois, car l'altérité est là... mes autres "moi"
alors, je m'approche, encore toute trouble, des phénomènes m'environnant de très près ou de très loin
je fais la mise-au-point, difficile, résistante et stridente parfois : des cris de "toi"
les douleurs alors remontent comme un écho d'en bas, une nappe périphérique ou une gangrène de l'os
on est saisi soudain par la pesanteur, et les lourdeurs en nous s'installent pour y être charcutées
le monde, qui passe par nous, déborde de nous aussi... on ne peut suffisamment le décrire, complètement le sentir, l'éprouver, ou bien encore le contenir ; trop vite, il va trop vite !
trop mou, il est trop mou
trop nourri, il est trop nourri
sa gueule se présente comme si, pour elle, nous étions un aliment de plus
l'erreur vient de s'imaginer radicalement "dedans" ; et pourtant... dans le ventre de la baleine, tout se vit, tout se voit
tout insiste, tout traverse, tout transite, tout existe... sans qu'on comprenne pourquoi
on glisse sans pause, ni gouffre, ni pic
tout s'enchaîne à nos pieds... juste dans le lien qui crée le pas suivant, dans l'abnégation ou le déchirementen moi, je n'entends rien
cela fait longtemps que je n'ai plus de cri pour préparer demain
je n'en pense rien
demain, radical, se représente pourtant... et m'érige en néant
alors, tout va bien