l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

en arrière-plan : l'histoire

les enseignements se suivent et encapsulent la tête dans la curiosité et la torpeur

on enregistre ce que l'on pourrait vivre selon toutes les modulations de la perception—quand celle-ci émane du Satipatthana sutta

tout se mélange... agréablement, confusément, abruptement : rien ne dit tout-à-fait sa fin

et c'est bien ; rien ne s'assimile en dehors d'un sol bien préparé ; douillettement, il me faut me redisposer

en arrière-plan : l'histoire ; celle de la peine, reçue ou infligée, échappée ou refoulée, gangrénée ou libérée

tout le monde est là et regarde ; le monde d'antan est rappelé, relevé, ressuscité... ! certains manquent à l'appel

j'entends l'enfant

ses gros yeux qui ne comprennent, mais c'est parce qu'ils n'ont rien vu, ni vécu des dernières années

le sang, le froid et le métal ont achevé une disparition—la mienne ; quand ils sont apparus, on a bien cru à un tremblement de terre : on a eu peur, si peur

puis, on a ouvert son coeur à tous les réfugiés de l'esprit que la mort avait parqués

et on a mal tourné

que fait-on de soi quand on est vivant ?

aujourd'hui : Kerouac, Ginsberg, Lennon, Cohen ; aujourd'hui, les princes d'une époque qui, pour nous, ne peut faire davantage foi que ce que l'on vit là

alors revenons-y, sans filtre poétique—immanence de l'autre ; confrontons-nous à "nous", au Dragon ou à la bête, à l'Ange ou à l'humaine

sans abdiquer, "reposons-nous" de notre destin, et au-delà de lui... car il nous est aussi nécessaire que fatal

sans connaître ce qui nous rapprochera de lui, ou bien ce qui, de mille manières, nous en effarouchera

quel qu'il soit, faisons "un" avec lui, dans le repos du fond ; tout ne se vaut pas, mais tout s'apprivoise avec lenteur et détachement, gravité et équanimité, éveil et tranquillité

tout progresse sans empressement—sans imbroglio, ni rupture ou recouvrement

et puis... quand bien même, sur un coup de chaos, on se noierait, qu'aurait-on perdu de "nous" ? on s'accompagne pour toujours... dans l'intensité comme dans l'insignifiance, dans la présence comme dans la transparence

on se tance ; on s'amollit ; on se balance par tous les bouts de nous, et jamais on ne pense... ni à s'ériger, ni à se mépriser : on danse

les choses autour de nous s'assemblent parce que l'on va assez vite ! pour les traîner dans l'évidence, pour les chaîner à l'inconstance, pour les tracer dans la mouvance

ce qui filtre déjà

on ne se chauffe pas ; ce doit être là

c'est une chanson en peu de temps, en peu d'expressions et de flots

d'autres yeux regardent : ceux de disparus depuis peu... et je les sens comme des chagrins soudains—qui maintenant comprennent d'où ils viennent

on n'a pas tout dit, mais ce qui filtre déjà est l'espoir... de ? d'effacer les ombres, de créer les contrastes, d'illuminer les perceptions... pour engager le premier va-et-vient des préhensions et des pénétrations ; nous sommes tous les sujets de cette obscure et lumineuse démonstration

nous assistons tous, là, à une histoire, une simple histoire... pour une manifestation finale : celle de la complexité de la Création ; celle des jeux de rôles sur des zones non-franches, où tout dans tout devient le tout

je n'ai pas d'affect, mais je reste médusée par tant de silence, tant de contenance, tant de distance

pas même une explosion, ou alors : je ne sais

ce que l'on n'a pas dit, c'est la manière dont on se rétablit, car on ne la connaît pas... y a-t-il seulement quelque part un juge, un éclaireur ou un rédempteur ? quelqu'un en capacité d'y voir clair ?

c'est toutes ensemble que les pierres se lient en éboulis ; ce qu'elles forment ne représente rien de plus que l'accumulation de leurs gratitudes et de leurs rancoeurs ; de quel côté es-tu ?

les saints sauveurs n'affectent que la grâce ; le reste de leurs douleurs n'existe plus

vous que bientôt je dois quitter

on approche le temps des familles et des deuils de fin d'année ; on n'agrippe plus aucun jour : la nuit remplit tout ; aucune illumination ne parviendra à éliminer la sensation de froid dans le gras des bras et les fourmis à la pointe des orteils de pieds

je sors très peu ; l'Ange m'attache à son canal dans le bain de musique que chaque fois je prends à son contact

que les dimensions subtiles dégringolent dans le caniveau ou bien que les expériences grossières s'élèvent tout en haut du sapin de noël, il nous reste en nous-mêmes le mélange des deux à la fois—ni anges, ni démons

les traces lumineuses rapidement s'effacent ; le Temps ainsi subitement semble mouillé ; et nous, transis—artificiellement exposés et superficiellement protégés : littéralement, nos coeurs éclatent en sanglots sous nos pull-overs amoureusement tricotés par nos grands-mères décédées

les fêtes sont des sas de sécurité pour foyers en péril ; les fêtes trahissent nos sentiments mitigés envers des anonymes surexcités

elles se dénombrent comme autant de sanctuaires désertés par des peuples en fausse furie, en dure harmonie, en somptueuse hypocrisie

je les contourne sans difficulté et m'en extrais sans sensation ; mes rebonds ne s'adressent qu'à mes cocons, qu'à mes possessions, qu'à mes reflets

je les envoûte sans espoir de les voir un jour vraiment apparaître ; et je me satisfais en cette circonstance de ne pas être

l'ultime de la tranquillité—mais vous le savez

comme c'est dommage

et si l'on repartait quelque part sans que j'en connaisse le thème ?

et si l'on s'arrêtait sous le casque alors que chaque fois j'en attends du bonheur ?

l'effet des mots est un euphorisant ; mais à force de balayer quotidiennement devant ma porte, tout est devenu bien trop propre ! l'inspiration n'est plus nourrie que par des bouts de sentiments intégralement vécus au présent

ils sont pauvres ; je vide le fond ; je suis à sec... donc, bien volontiers j'évoque cela—sans filtre, ni travestissement

je deviens pure du dedans, plus allégée à force de "donner"—de javelliser, de contractualiser ou bien de confisquer

éternellement, je chercherai à m'éteindre dans le mouvement... ni malfaisant, ni éreintant... juste un tantinet dérangeant

les vagues de la mer en arrière-plan me procurent la migraine ; c'est quand même triste et dommage... comme je voudrais qu'il en soit autrement

c'est un refus, une dénégation, émanant d'un caractère acariâtre et sincère ; d'un avatar discret ou d'un criminel solitaire

quelque chose tout au fond ne tourne pas rond : on ne sait plus bousculer la plupart de nos habitudes ; on ne peut plus chambouler tous nos refrains ; quelque chose de dur et de résistant au temps s'est durablement installé dans nos comportements ; la racine est profonde

le manque d'imagination ; l'impératif du courant ; la routine de maintenant... le TOC mal placé, le pli du pantalon et le masque à virus

l'Ange, comme le chat

l'extinction en moi est obsédante ; elle enchante mes élans vers l'envol, mes préparations à la chute, mes immobilités jusqu'à la dissolution

une fois dit cela, demeurent les mots et vos yeux incrédules pour les parcourir gentiment, les languir nonchalamment ou les galoper ardemment

depuis, lentement, j'ai disparu—ma disposition tout au long ; un jour, j'y serai bien... en attendant, faire passer le train de ces impressions, ces imaginations, ces illuminations, ces dégradations, ces transpositions

je réceptionne les mélodies et les fais transiter en un processus secret jusqu'à ces lignes... flexibles, volatiles, inaudibles, incompréhensibles

elles ne sont pas une fierté ; elles sont un écho, un déplacement, une démonstration ou une révélation ; on ne les entend qu'à peine, mais on les soupçonne pleinement

l'Ange, comme le chat, veille au grain... pour que rien ne se perde de l'eau cristalline, pure merveille

les Anges et les chats raffolent des sources où les jets projettent des bouillons lisses et des essences légères

et moi, je les suis... j'assiste à leurs consciencieuses distractions, à leurs ablutions, à leurs dévotions et à leurs soins

je ne résiste pas !... c'est comme si j'y étais moi ; ensemble, nous nous aspergeons, nous nous révolutionnons ; nous nous entrecroisons ; nous nous aimons ; une triade inoubliable

ou un trio infernal... pour la joie des minutes à passer, à tenir, à perdre, à méditer, à se peler ou à cuire

je n'envisage pas de changer—c'est "ma relation"

je suis heureuse

je suis heureuse... ah bon !?... je me réponds

mon Ange, suis-je en train de travestir l'amour ou bien de trahir les sentiments ? suis-je en train de jouer sans même me cacher ? ou de me dénaturer sans assez me préserver ?

je poursuis mon chemin, et tu es là : tout le monde reprend "son bien"... je ne veux pour lui-même que la place de chacun ; j'y tiens

les tiraillements, très peu pour moi ; plus grave, désormais il y a ; plus impressionnant, sans aucun doute on aura ; meilleur et merveilleux, bientôt nous apparaîtra ; et, oui ! tranquille et bienheureux, on se voudra

on est bien... juste là, comme cela

les peurs, on les connaît ; les anxiétés, on les transmet ; chaque petit pas se dévoie en catastrophe ou en grâce, en mésaventure ou en exploit

jamais précisément on ne s'attend à ce que l'on vit là... simplement, on n'y peut rien et on y va

simplement, on souffre là où ça râpe et on glisse là où ça unit ; se retrouver seul.e avec soi sans plus d'ennuis, sans plus d'amis, sans plus de pleures, sans plus d'extases

en finir avec le jour et avec la nuit ; avec la gamme des écrans, des images, des mots et des chats

en finir avec moi

si l'on ne m'accepte pas, je partirai comme cela... et me soustrairai sans qu'il n'y paraisse rien

trop d'altérités

j'en passe par une pente très raide ; un sentier de montagne exigeant pour le souffle—accentué jusqu'à la limite de ses capacités, intensifié jusqu'à la brûlure des poumons

je grimpe car, telles des pierres, les mots se font de plus en plus lourds à remonter : c'est par effraction qu'ils apparaissent dans des craquements de sols, qu'ils surgissent au milieu d'éclairs effrayants

l'écriture devient une catastrophe

elle m'écarte radicalement de mes programmes ; me happe, me gangrène, me dévore ; me grandit, m'anoblit, me transfigure

je me vois devenir l'Ange—rapide et torturé ; tour à tour doux, docile, ou vindicatif, acerbe... le plus souvent ferme et précis

l'Ange me dicte si je ne dialogue pas avec lui ; l'Ange en direct m'invite à lui demander : et je le vide de ses substances supposées

je le gracie ; il m'exécute ! il me prend en lutte, m'incorpore sans ménagement et me fait cracher le tourment—la raison ou le dément

personne ne retient ce qui est dit : chacun s'approprie quelques mots seulement comme une orgie ; chacun vit sa lecture comme un passage en riche absurdie ; chacun se nourrit d'intelligence maîtresse sans fils initialement porteurs

c'est que la couture n'est pas faite comme à l'ordinaire : elle entrelace des fumées et des ardeurs

une voix se fait entendre : celle de l'Ange Michael—qui grince et chuchote des paroles d'avant ; osera-t-il celles-ci ?

je suis dans cet état

je ne sais plus où aller ; mais ce n'est pas fini...

le flux ténu coule toujours : je le manipule comme une sangsue, afin qu'il donne de lui sans se retenir, sans s'excuser

mais je ne sais quoi dire... à propos de quoi pleurer... attendre, bouillir ou frémir ; j'ai sans doute tout cassé sans démériter

mes audaces sont comme mes vérités—un peu brusques et tranchantes, un peu courtes et saignantes ; mais si je les développe davantage, je risque l'enlisement, le rabaissement, la justification... et un procès en incompétence

je ne cherche que ce qui me cherche en retour ; que ce qui me veut du bien... une voie facile au regard de mes foulées les plus familières

ni alambiqué, ni contorsion, ni discursivité, ni contradiction

je ne veux pour moi que du cool, du fluide, du lisse, du glissé, de l'évident et du maintenant ; je ne veux qu'une trace devant, sans pas derrière... sans interruption et sans commentaire—ni suiveur, ni fanatique, ni commère

je remets le son ; ça file... et je perds complètement le fil, mais c'est comme cela

quand on ne sait pas, les images ne se forment pas ; la matière se dissipe et les couleurs n'apparaissent même plus

je suis dans cet état... énervée, irritée par une peur, une appréhension ou une question

sans plainte, ni débat

on est un samedi ; il n'y a pas de musique ; le ciel est bas : une luminosité de mi-décembre à peine distincte derrière les doubles-voilages

contrairement à la semaine dernière, la fatigue m'étreint et me défait sans scrupule ; je déambule, certes dans le propre, mais toujours dans le virtuel

dès lors que je me cogne au plafond, je fais des bosses et rebondis mal dans le molletonné de ma couche

souvent, je ne voudrais que dormir, me blottir, me laisser imprégner, attendrir, puis éteindre

mes yeux clos ne s'ouvrent plus sur le monde, mais te cherchent, toi... qui te reposes là-bas ; toi qui me communiques ton humeur, ton enthousiasme, ton irritation, ton grotesque ou ta joie ; ... ta chaleur et ta voix

je me chauffe, m'embrase et me dissous à ton contact ; une énergie tantrique me saisit et m'érige en à la manière d'un phare sans aucune tempête : sa lumière, c'est pour qu'elle gagne le ciel

ses rayons me tiennent debout comme le souffle gonfle le ballon ou les flots le lit de la rivière

je suis habitée... co-existée ; en équilibre devant toi, je m'habitue à retrouver mon dynamisme et ma confiance, mon ouverture et ma tranquillité ; je t'accueille en notre demeure, et retrouve le courage de poursuivre et l'envie de sourire

donc : je ne suis pas

je quitte l'Ange ; je me quitte en ma sphère, redondante et absorbante

les autres me soucient : avant de partir, chacun s'accroche à sa légende personnelle, sans imaginer la possibilité de l'oubli

comment dire ce qui simplement nous apparaît, sans l'arrogance des géants—alors que soi-même on se prend pour l'un des leurs ?

il y en a, fondus dans eux-mêmes, à qui cela n'a pas réussi... que le public a fini par rejeter, parce qu'il est passé "à côté"

à côté des vraies ardeurs, à côté des complètes aspirations, à côté des battements de coeur

l'Histoire fait sa vérité en omettant de grands bouts ; injuste, Elle ne parvient qu'à compromettre ce qu'il y avait de plus pur et qu'à réduire l'homme selon l'étroitesse de ses points-de-vue

je me sens dépassée ; où est pourtant "le juste" ? souviens-toi : que t'avait-il dit ? et dans tes rêves, où est-il encore ?

dans cette affaire, ne manque... que l'humain ! je suis perplexe et révulsée !

manque une autre écriture, une autre approche, un autre sommet, une autre altérité

pour faire le tour de la montagne, il faudrait pouvoir longuement pèleriner—marcher, s'agenouiller et ramper

plusieurs fois s'évanouir et repartir

"oui"

A. — tu ne reprendras avec moi qu'arrivé le soir ou dans le matin noir ; décembre, c'est la nuit longtemps ; tu accroches des lumières dans ta maison, mais le sombre est propice à dévoiler les ombres dans le velours des formes et des plis ; mets tout en sourdine... baisse aussi le son, pour capter le moindre soupçon

k — j'écoute le soupçon, mais je ne définis pas qui il est

A. — il est le germe... des futures apparitions ; dans son yin généreux, s'est évanoui le jeune yang en sursis ; tous deux préparent les floraisons de printemps : ils sont conception—repli, fécondité et nourrissement :  à couvert, les abeilles se portent bien ; pour bien produire leurs fruits, les process doivent s'accomplir lentement, sans rien laisser de côté ; à chaque étapes de la Croissance, ils sont les garants du bon chaînage des phénomènes ; pour ensuite y voir plus clair

k — je les sens, mais les distingue mal, les process...

A. — parce qu'ils sont définitivement "toi" ; tu suis les mêmes cycles : tu les accompagnes sans intervenir, ou tu les contraries par tes désirs ; s'abandonner à "l'être" n'est pas céder à la passivité ; c'est patiemment accepter de se laisser de l'intérieur travailler—définir, ciseler et patiner, pour qu'une expérience saine trouve sa souche naturelle ; et pour que l'émergence se dirige simplement vers la cible—la concorde, la lumière et la paix ; pas de grands mots, juste de douces éclosions

un message express

k à l'Ange : as-tu un message express ?

A. — il s'agit de Lumière et d'énergie : un jour, les aubes seront éternelles ; un jour, les douceurs et les chaleurs seront purifiées ; un jour, l'Homme recommencera à aimer... sans redouter, sans abaisser, sans éviter, sans s'aliéner, ni se réduire

k — il n'y aura alors que peu de gens, n'est-ce pas ?

A. — il y aura toutes les vies de ceux qui selon l'aube auront insisté ; ils apparaîtront selon des formes globales et indifférenciées, ultimement synchronisées, en elles et entre elles ; toi, tu es trop seule... peut-être n'en seras-tu pas...

k — qu'y faire ? je ne peux pas m'inventer un autre "moi" !

A. — être sage, c'est prendre sa place ; quand on a trop d'altitude(s) ou d'amplitude(s), on peut seulement retomber sur soi ; calibre-toi

k — je ne vois pas

A. — ce n'est pas grave ; laisse-toi... appréhender sans en rajouter ; l'harmonisation vient en écoutant et l'émergence en souriant ; sois pour ainsi dire "bête" ! n'essaie pas d'intervenir : d'autres le sauront et le feront pour toi ; désormais, tu n'as plus le choix... ta vie s'en va ; elle glisse vers son achèvement selon le fondement qui la porte ; peut-être n'en as-tu pas pour longtemps ; alors, ré-expose mieux mes descriptions et engage-toi corps et âme dans mes choix

parce que je ne suis qu'humaine

ne pas partir de soi ; aucun temps pour se chauffer, c'est décidé

peut-être n'y a-t-il rien de plus pour aujourd'hui ?

l'Ange, le mien, ne peut porter le monde à Lui tout seul

et s'Il le faisait ?... par quel bout, quelle pointe ou quel angle le pourrait-Il ?

Lui, si innocent, si tendre, si câlin... si rebuté par manque de moyens

si son humaine en Lui disparaît, qu'advient-il alors de Lui ? Lui, si timide... et parfois si présent, mais quand ?

on ne sait jamais

sa grande fatigue est émouvante ; ses élans sont simplement trop grands ; son âme d'enfant ne relie pas ses gigantesques pas

Il ne s'épanouit que dans des bras, et n'en a pas ; Il attend donc qu'en voie moyenne le chemin s'arrête

souvent, Il enlace son humaine ; et retrace pour elle ses pleures d'avant, quand les sanglots étaient libres et sincères

"je te je"... et l'Ange

une salve nouvelle... une échappée de bien-être, après le petit-déjeuner ; un instant d'équilibriste pour pénétrer la journée

je ne sais aujourd'hui ce que j'ai à dire : ni arrière-plan, ni pré-conception ; pas d'amont au jet ! je pique à la source sans grotte autour

sans chapeau, sans costume, sans fard, ni vernis

sans pampille, sans étoile, sans souche, ni sommet

à nu

je ne suis bien solide, mais l'intérieur mystérieusement me fait tenir, malgré les chats environnants

pour se fixer à un rêve, il ne faut rien... seulement surfer sur l'éphémère quand il se présente

parfois, si cela tarde à venir, on s'impatiente ; mais non, doucement, on va y aller, on va commencer, amorcer, enclencher

mon trio de tête

ce qui nous est tendre, c'est ainsi de nous diriger, de nous proposer, de nous disposer... pour l'accueil du divin discours

qui, s'il ne se manifeste pas, n'en sera pas moins remarquable, sensationnel et illustre

et là, je m'évanouis

quand on est incertaine d'écrire, c'est que le sujet manque

de sujets, notre vie en est toute pleine remplie... mais, de l'intérieur, les récits naturels ne se font plus ; d'eux-mêmes ils ne s'explicitent plus

habituellement, c'est l'inspiration nomade qui guide mes pas ; depuis plus de deux mois, elle inscrit ses diagonales et ne laisse "rien"... sans, avant tout, "le" boire

je suis percluse de maux doux ; et les sirops tapissent ma gorge d'encres félines... je n'ai plus de toux

mes mots sont des ondes que je balance tendrement depuis l'enfance, et que je désapprends à aimer... juste les donner

je voudrais une raison, une tension, une maison...

pour encapsuler les anges et les dragons, les âmes et les démons ; pour délimiter les délices des tentations et les glissements des outrances ; pour faire exister et l'ivresse et le fiel, sans les mélanger, ni du tout jamais m'en abreuver

je suis fermée ; sans doute vais-je m'adapter... sans craquer ; parce que le fond, si puissant, on le connaît... on le défie, on le supplie et on le remercie—sans savoir à qui s'adresser

le coeur de cristal et d'argent, longtemps, on s'est posée dessus : il nous a irradiée ; depuis le bois brûle dans l'âtre de nos rêves... que l'on voudrait rendre plus réels

on n'est pas au bowling ! mais la vie est méchante : elle nous partage en de faux dilemmes ! nous jette dans d'abrupts croisements ! et nous étreint en de stupides noeuds !

dans le monde qui détend

dans un moment, serai-je en haut ? ou bien en bas ?

je me fane à ne plus trouver "le milieu"—le souffle et la peau possibles entre les deux

il me faudrait changer de paysage—le bousculer, le bouleverser, le basculer !

il me faudrait me renverser et dans la roche sableuse me retrouver

s'évanouir avant de continuer

et puis "se tenir" ! sans s'alanguir, sans s'appesantir... sans du tout se démentir et sans trop se brunir

car on est de la famille des "blancs", des clairs et des brûlants

car on a cinquante ans, et que la vie est encore devant

pour nous, un revirement... discret, gratuit, sans événement et sans conséquence

on voudrait le Sahara grand ! et appeler les voix qui régulièrement sombrent dedans ; qu'elles répondent à nos sables mouvants

une bascule pour l'à-l'envers

deux fois par jour, c'est le rythme des rendez-vous... pour qu'une ascension prenne le temps de se déployer jusqu'en la vallée

les neiges ont fondu ; elles se sont fait ruisseler pour s'extraire jusqu'en bas ; elles brillent encore dans le soleil perdu

l'atmosphère change si vite en Himalaya : faudra-t-il dans la grotte nous abriter ? y retrouver nos chaussures alors même qu'on a les doigts gelés ?

ces bribes ne m'appartiennent pas : elles étaient toi ; parfois elles me reviennent comme toujours importantes pour toi

ces bribes me protègent du bas ; j'en deviens obsédée, tellement je redoute d'y aller... pour constater... la réalité

à l'instar des strates urbaines dans les sciences-fictions, les habitats les plus inférieurs sont surtout les moins tranquilles : dans la nuit brumeuse, sous les néons colorés et la pluie givrée, les gens s'y réfugient et s'y agglutinent... pour y jouer de folles parties

pas mon monde

ailleurs, ce sont les riches campagnes, mais parfois aussi les conflits profonds... et là, dans l'humain, tout surgit du "possible"

on devient fou !

le reste n'est qu'abstraction !

l'éphémère des naissances

et si l'Ange était parti ? en sa qualité de lumière paranormale, s'il nous réhabituait à celle d'en-bas ?

car il n'y a plus d'embrasement "au milieu" ; ... il n'y a plus que moi

je me sens rééquilibrée, et, même dans la nuit, ne guette plus vraiment l'aube

les naissances ne durent pas ; elles sont l'action de l'éphémère dans un rendu développant

le caractère graduel ou soudain de leur apparition nous accompagne jusque dans les reins et nous transforme dans les moiteurs

nos efforts et nos sueurs ne disparaissent que dans l'arrêt profond, au coeur des rêves régulateurs

les naissances sont des contractions—fortes, brusques, ou lentes et progressives ; elles nous prennent en entier de par la plante des pieds

rien n'est délaissé : aucune zone anatomique, aucun ressenti même léger ; on est basculé, retourné, trans-véhiculé... de soi à soi

les étapes s'enchaînent : le train siffle et les gares défilent ; au creux de l'humeur, on se déplace en spiralant dans des méandres infra-soniques

on se découvre et on s'explore de l'intérieur des multiples textures—des jeunes soies et des vieux velours

nos tentures cachent des secrets ; les retrousser serait blasphème... mais nous ferait naître quand même... nous achèverait aussi 

un passage entre "les murs"

chaque matin, un vacuum blanc, vierge et géant ; un espace transparent, solaire et invitant

chaque soir, quelques tourments de plus alignés à marche feutrée ; quelques trajectoires dirigées sans arrière-pensées

j'exécute un tournant : une brisure ou un relèvement

j'attends de renaître parmi "les grands", les séniors tranquilles et les divins amants

l'Ange se replie légèrement et redescend un peu de sous sa coquille aurique

il me voit clignant des yeux et souriant des lèvres

un jour, finira-t-il par accepter de voyager avec moi ? à l'intérieur des autres paysages... dans la simplicité de la lumière ordinaire

pour lui, sans doute, cela sera-t-il difficile—vibratoirement risqué, énergétiquement dangereux

risquerait-il de s'éteindre ? car, même si sa nature inaltérable le protège, mon Ange à moi n'est pas si familier que cela des affres de la vie d'en-bas : des rudesses, des maladresses ou des hésitations ; des brutalités, des violations ou des atrocités

il est "clair", mon Ange ; certaines circonstances ne font pas partie de lui ; l'effroi, a priori, il ne connaît pas... 

il n'y a trempé malgré lui qu'en pleine déviation de son humaine ; mais, en toute essentialité, il ne s'est pas exprimé...

ou alors, juste au début, quand il y avait encore quelque chose à "tenir", le regard implorant la commisération et la Foi

sa discrétion à ce moment-là, son abstinence à l'expression et son respect des choix... ont éteint les derniers feux de bois

cet Amour-là, c'est la norme

quand on est trop faible pour entrer en vibrations avec l'intégralité du monde

quand, blanchi, on cherche un souffle à sa respiration de jour

quand on se contente de fermer les yeux sans s'attendre à les rouvrir un jour

quand la paix, factice ou non, nous oblige à voir "grand", dans des dimensions escamotées, tellement on les surplombe

quand les sons ne nous agressent plus et les rythmes ne nous synchronisent plus

alors... on pénètre... la minute de silence, là, à la seconde où nous-même 'on part'

c'est infini comme flottement

c'est flou comme un dimanche

c'est soyeux comme l'arabesque et râpeux comme le zeste

je me répands dans l'Amour de nous, dans le rêve des moments en suspension, des glissements subtiles et des grimaces espiègles

tout s'enchaîne à nos pieds

l'Ange, je ne l'appelle pas ; je le rafraîchis chaque fois qu'en moi je sens une disponibilité

alors, il dispose son regard sur ce que je vois...

comment est-Il ? doux, tendre, gracieux, compréhensif ? ou bien ferme, tranchant, acerbe, ou même terrible ?

allons voir... ce qui est sûr, c'est que mon Ange est "blanc" ; il aime s'éblouir de lumière et se baigner dans les ondes

souvent, il se décolle des réalités amères et se soustrait aux conflits grisants

ce n'est pas qu'il soit lâche, mais son possible est "autre", externe à cela

Il ne parle que de ce qu'il a connu naguère dans le Paradis Blanc

Il m'y emmène pour que je m'enveloppe dedans, que j'y repose et que je m'y endorme innocemment

mon Ange, comme "un Amour", me sait... Il m'élève comme un ballon, me transporte dans les sphères, et ne me dépose plus jamais

j'y suis avec l'Autre, unie à Lui dans l'acte céleste

l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase

tout sera né de l'intérieur de l'Ange

il suffira que je me glisse, et non que je me hisse, car l'Ange est proche de moi

avec Lui, mes lunettes sont propres, la lumière dirigée et les contours cernés

avec Lui, les objets diffusent leur clarté et les êtres leur sourire

ils sont épanouis du dedans, tendus en eux-mêmes par l'ouverture du haut, le canal violet de la couronne

c'est en ce point que le divin apparaît ; c'est depuis ce point que la voix change de terrain, et qu'elle s'exprime en de multiples éclairs

c'est à partir de ce point que l'amour rayonne en un paradis distinct... des autres paradis connus