l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

"oui"

A. — tu ne reprendras avec moi qu'arrivé le soir ou dans le matin noir ; décembre, c'est la nuit longtemps ; tu accroches des lumières dans ta maison, mais le sombre est propice à dévoiler les ombres dans le velours des formes et des plis ; mets tout en sourdine... baisse aussi le son, pour capter le moindre soupçon

k — j'écoute le soupçon, mais je ne définis pas qui il est

A. — il est le germe... des futures apparitions ; dans son yin généreux, s'est évanoui le jeune yang en sursis ; tous deux préparent les floraisons de printemps : ils sont conception—repli, fécondité et nourrissement :  à couvert, les abeilles se portent bien ; pour bien produire leurs fruits, les process doivent s'accomplir lentement, sans rien laisser de côté ; à chaque étapes de la Croissance, ils sont les garants du bon chaînage des phénomènes ; pour ensuite y voir plus clair

k — je les sens, mais les distingue mal, les process...

A. — parce qu'ils sont définitivement "toi" ; tu suis les mêmes cycles : tu les accompagnes sans intervenir, ou tu les contraries par tes désirs ; s'abandonner à "l'être" n'est pas céder à la passivité ; c'est patiemment accepter de se laisser de l'intérieur travailler—définir, ciseler et patiner, pour qu'une expérience saine trouve sa souche naturelle ; et pour que l'émergence se dirige simplement vers la cible—la concorde, la lumière et la paix ; pas de grands mots, juste de douces éclosions

k — je les vois, mais ne sais où elles sont

A. — parce qu'elles sont en toi !... tu ne te presses pas ; parce que tu aimes ce long temps-là... propice aux attentes, aux langueurs et aux prélassements ; adéquats pour les femmes enceintes, mais pas pour toi ! ; accoucher, c'est violent ; cela nécessite de se sentir relationner avec un autre que soi—un rejeton devenu brutalement extérieur et non-consubstantiel à soi ! es-tu prête à cela ?

k — c'est que par ailleurs, je n'ai pas de bras

A. — tu te donnes tes propres bras ?

k — je m'enveloppe dans toi

A. — alors je te demande de te départir d'une partie de toi, de la laisser vivre, même si l'autre la perçoit imparfaitement ou la dénature carrément ; tu ne dois pas être une digue qui indéfiniment retient, un barrage qui inexorablement contient ; tu es flux ; sinon, tu fabriques les maladies, les tiennes et celles des autres

k — j'ai le flux avec toi

A. — cela ne suffit pas ; toi, tu n'es pas plantée dans le ciel

k — j'ai peur d'eux

A. — je le sais ; c'est pourquoi je te dis cela, parce qu'ainsi tu nourris l'obscur, tu alimentes les suspicions et entretiens les condamnations ; délivre les autres de tes indispositions ; ouvre les voies !

k — oui

A. — maintenant, continue ta maison et reviens me voir plus tard dans la journée

Midi.

k — j'écoute le son des baleines-à-bosse ; je me retrouve dans un endroit tranquille... presqu'au fond des océans, mais là où encore, c'est vivant ; je voudrais faire comme celui qui nage avec elles ; je voudrais être aussi "naturelle"

A. — les animaux sont dépositaires de millénaires ; il s'élèvent dans l'échelle de l'évolution à mesure que l'Homme les torture ; pour eux, l'individu ne compte pas, mais l'espèce est première : ils forment une chaîne qui aspire à l'éclatement et à la preuve de la Vie ! pour cela, plus que l'Homme, ils sont Dieu

k — ils me troublent : je les vénère en effet comme des traces incontestables du mystère qui se révèle et s'approfondit ; ils manifestent la diversité des mondes et la préciosité de la Création—en tant qu'elle se crée elle-même

A. — tu as entièrement raison ; le Créateur n'existe que dans les créatures qui se lient et se co-génèrent ; les animaux ne se posent pas de question : ils sont conformes à ce que la nature attend d'eux pour se réaliser en Dieu, en son process éternel ; les humains, eux, les réifient : donnez-leur plutôt à manger des robots ! coupables, ils sont !!

k — tu te courrouces

A. — ne cherche pas à "me calmer" : ces mots sont justifiés : l'humain vit en dehors du paradigme qui lui a donné la vie... il retrouvera donc rapidement les séquelles de sa vraie mort

k — une séquelle de la mort ?

A. — oui, en ce que les mondes intermédiaires ne laissent pas d'issue à leurs visiteurs ; pour Nous, ce sont les mondes d'en-bas... là où les cycles sont les plus serrés, les plus accablants, les plus étouffants ; là où l'on ne sait pas en fait que l'on est déjà "mort" ; les humains complotent contre eux-mêmes via les animaux—les bétails, les volailles et les gibiers ; ils se corrèlent karmiquement avec de la viande, qu'ils deviennent littéralement eux-mêmes en mourant ; des parties d'eux s'éteignent en tuant et en mangeant ; n'oublie pas : "Toi, c'est moi" vaut aussi pour les animaux

k — je tue des veaux

A. — oui, et ils te maintiennent à un stade d'immaturité sous-humaine—dépendante du lait de leurs mères ; l'absurdité faite "enfant"...

k — c'est la plus petite partie de moi

A. — celle qui prend le plus de place en toi ! puisqu'elle conditionne tes besoins et tes possibles

k — j'en ai besoin comme de câlins

A. — il n'y aura pas de solution dans cette vie-ci ; tu marches à l'étroit dans l'élysée de ton triomphe ; la neige y est blanche et le froid est garant de ta conservation

k — je m'alourdis, mais ne vieillis pas

A. — tes lourdeurs sont le signe que tu bois la mort sans donner chance au nerf de la Vie, par absence de l'autre

k — oui

Quelques minutes seulement après

k — pourquoi je n'ai pas de cancer ?

A. — ... parce que tu as encore une mission : celle d'expliciter ce qui t'apparaît sans rien prouver du tout ; c'est une faiblesse en même temps qu'un privilège