l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

ce qui filtre déjà

on ne se chauffe pas ; ce doit être là

c'est une chanson en peu de temps, en peu d'expressions et de flots

d'autres yeux regardent : ceux de disparus depuis peu... et je les sens comme des chagrins soudains—qui maintenant comprennent d'où ils viennent

on n'a pas tout dit, mais ce qui filtre déjà est l'espoir... de ? d'effacer les ombres, de créer les contrastes, d'illuminer les perceptions... pour engager le premier va-et-vient des préhensions et des pénétrations ; nous sommes tous les sujets de cette obscure et lumineuse démonstration

nous assistons tous, là, à une histoire, une simple histoire... pour une manifestation finale : celle de la complexité de la Création ; celle des jeux de rôles sur des zones non-franches, où tout dans tout devient le tout

je n'ai pas d'affect, mais je reste médusée par tant de silence, tant de contenance, tant de distance

pas même une explosion, ou alors : je ne sais

ce que l'on n'a pas dit, c'est la manière dont on se rétablit, car on ne la connaît pas... y a-t-il seulement quelque part un juge, un éclaireur ou un rédempteur ? quelqu'un en capacité d'y voir clair ?

c'est toutes ensemble que les pierres se lient en éboulis ; ce qu'elles forment ne représente rien de plus que l'accumulation de leurs gratitudes et de leurs rancoeurs ; de quel côté es-tu ?

les saints sauveurs n'affectent que la grâce ; le reste de leurs douleurs n'existe plus

pourquoi ?... parce qu'initialement, ils ont tout pris—tout absorbé, tout engrangé, tout travaillé, tout transformé... sans rien oublier

de grave en eux ne perdure que le mystère de l'avènement en la dématérialisation dernière

je ne suis que spectateur ; en rien je ne me glisse dans l'amplitude des supplices et des réhabilitations

je soupçonne que vaillamment il nous faut "renoncer" : se déshabiller, se délester, se rafraîchir et renaître... dans la confiance de ne rien laisser, ni ne rien emporter

c'est que le rien existe quand il se dissout au profit de la seule présence au temps réel

tout ramasser dans le moment et investir sa peur et son tourment ; les dilater, les écarteler et les égorger ; on manque d'images—qu'on ne voudrait pas, qu'on ne saurait pas... nerveusement maîtriser ou effrayer, galvaniser ou abandonner

on est le "petit enfant"... qui sent sans pleurer, qui résonne sans imaginer, qui imprime sans visualiser

approximativement, on affleure les ondes qui passent et on tressaille au moindre son animal

donner son coeur sacré et sanglant au vent des émotions et des circonstances, c'est purger sa démence ; c'est sainement vider de soi le trop plein d'évènements... quand deviendront-ils vains ?

quand nous soulageront-ils de nos mains ? ces mains... avec ces tâches brunes marquant le grand âge de la cavale déjà

combien de pays—de continents, de villes et de cimetières, avons-nous traversés ? combien de foulées pour nos pas gelés ?

les mammouths nous reconnaissent ; dans le permafrost, lentement, ils décongèlent nos forfaits

chaque chimie nous ramène à avant ; chaque viseur nous cale sur l'erreur : chacune de nos cibles fut une faute téméraire, un égarement volontaire, une obstination hasardeuse, une conquête fière, un aveu désastreux

de larmes, on l'a dit, il n'y avait pas ; rentrées, elles n'existaient que dans l'inconscient des limbes ou l'inexistence des oubliettes—de celles qui un jour nous avaient fait naître, nous avaient nourri et langé

une atrocité ; un râle, une énormité, un méfait

que connaissons-nous d'avant ?... d'avant la biologie des molécules ? de pendant l'union des énergies et des Anges ? que nous rappelons-nous des instants de nécessité qui firent de nous un naufragé de la terre ?

remonter, remonter... jusqu'à la perle première, et accepter ce qui fit de nous un Morphée de la vie

une immanence à l'envers, une extinction transitoire, un traumatisme en sursis, une détresse pseudo-amortie, un séisme en délire, un progrès pour le pire : un gigantesque cri néonatal dans des yeux d'adulte durcis

je ne mets plus le son... pour éteindre les détonations sous l'effet du silencieux, pour absoudre les chairs transpercées de plomb, pour rendre à la vie ce qu'elle dégorge nettement de mort

je m'en vais loin du spectacle des viscères et du bal des vautours

le liquide rouge sur la peau blanche, et c'est tout

il ne coule peut-être pas dehors, mais dedans, dans le froid

les tissus s'accommodent mal du métal dès que les fibres à chaque contraction par lui se déchirent

lente dénaturation des corps ; précieux processus de décomposition... achevé à l'acide : seule la cartouche résistera

et je m'en vais de là : de ces baignoires aux paysages éternels, de ces champs aux lumières trompeuses, de ces étangs aux cadavres gisants

et je me retourne vers toi : que vois-tu encore de "cela" ?

sans me dire, dis-leur toi... et quand tu respires, t'en donnes-tu encore le droit ? par l'Art, dire et encore dire ; mais qu'entend-t-on de "cela" ?

il n'y a que la Vie pour te répondre ; et c'est Elle qui tout le long, comme à Milarepa, t'a dit "oui"

seulement les hommes d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'antan : ils s'enroulent autour de récits non-contemporains et ignorent ce qui se passe chez eux vraiment

leur ouvrir les yeux complètement serait te condamner pour de bon

la Vie, Elle, te connaît... t'inspire et te gratifie—autant que tes salades ; il n'y a qu'Elle pour faire et défaire, pour contraindre une naissance ou faufiler un néant

aussitôt apparu, le débit s'est réduit ; aussitôt aperçue, la rivière s'est tarie ; aussitôt espérée, la mer s'est retirée... pour que l'on comprenne que ton Ange te suit, qu'il apaise ton berceau, assainit tes ardeurs et éclaire ton coeur