je suis heureuse... ah bon !?... je me réponds
mon Ange, suis-je en train de travestir l'amour ou bien de trahir les sentiments ? suis-je en train de jouer sans même me cacher ? ou de me dénaturer sans assez me préserver ?
je poursuis mon chemin, et tu es là : tout le monde reprend "son bien"... je ne veux pour lui-même que la place de chacun ; j'y tiens
les tiraillements, très peu pour moi ; plus grave, désormais il y a ; plus impressionnant, sans aucun doute on aura ; meilleur et merveilleux, bientôt nous apparaîtra ; et, oui ! tranquille et bienheureux, on se voudra
on est bien... juste là, comme cela
les peurs, on les connaît ; les anxiétés, on les transmet ; chaque petit pas se dévoie en catastrophe ou en grâce, en mésaventure ou en exploit
jamais précisément on ne s'attend à ce que l'on vit là... simplement, on n'y peut rien et on y va
simplement, on souffre là où ça râpe et on glisse là où ça unit ; se retrouver seul.e avec soi sans plus d'ennuis, sans plus d'amis, sans plus de pleures, sans plus d'extases
en finir avec le jour et avec la nuit ; avec la gamme des écrans, des images, des mots et des chats
en finir avec moi
si l'on ne m'accepte pas, je partirai comme cela... et me soustrairai sans qu'il n'y paraisse rien
je veux le calme et la douceur, la lenteur et l'attention, la chaleur et le don... je te cherche davantage, toi, chaque soir et chaque matin, le long de toutes nos distances et à chacune de nos promiscuités
je te fais confiance aveugle et, en vingt années, ne me désolidarise que du passé—rempli de missions et d'erreurs
j'aurais voulu davantage de moments ; mais aurais-je désiré plus d'évidence ou de linéarité ? je suis épuisée
l'Ange me soutient, mais ne me dit rien ; je ne le sollicite en presque rien... car il ne sait à proprement parler que peu de choses ; il ne m'habite que pour me donner de la lumière à penser, mais sans solution clés-en-main
ma fatigue exprime une irrésistible dépression, une incessante hésitation, une ignoble indifférence, une complète irritation et une inadmissible complaisance
je n'accroche plus le texte... je le prends par effraction, sans plus de sens aucun ; mais je tiens... et comme à la vie, je viens
quand on ne sait plus ce que l'on dit, c'est que l'on dort de ne s'être suffisamment éveillé, juste un moment, à soi
je rends ma fin... les mots, je les entends sans les comprendre des fois, mais ils sont ma joie ; tout cela... parce que je cherche l'accord, l'à-corps, encore, et qu'il n'existe que dans ma voix, sans toi que je vois
ne pas saisir ce qu'on lit est moins absurde que de ne pas réfléchir ce que l'on écrit... je comble totalement avant d'y croire vraiment ; après je vous dirai le soir—le grand soir
quand "disparaître" devient une gloire ; quand, absent à soi, on se porte en trophée pour l'éternité, et qu'on s'abat férocement sur ses états seconds ou sur ses sursauts moribonds
Alzheimer n'est autre chose qu'une dissolution de la conscience, qu'un lâcher-prise dans l'abandon des bienséances et des normes ; mes logiques ont fui : elles me laissent gésir dans un râle serein et m'exprimer dans un délire anodin
les chants à double tranchant s'enchaînent ; les mots eux aussi trop souvent reviennent... sans que je parvienne aujourd'hui à les filtrer ou à les discipliner
les musiques m'entraînent, mais me synchronisent en mode "alien" : elles me répètent des stéréotypes dont je ne sais, à l'instant d'écrire, ce qu'ils contiennent ; mes relectures seront obscures, filandreuses et salutaires
je ne m'efface que pour me compromettre sincèrement, obstinément, irasciblement...
je me veux folle et dés-honnête, aimante et transgressive, amadouée et arrogante, désolée et congruente
mon Ange ne me quitte pas, là : il est seulement saoul de moi, "sage" en sa désinvolte allégresse qui peut buter dans un simple mouchoir ; il me traverse et m'évapore, me rectifie et m'initie, me sature et me ventile, me virginise et me loue
je ne pense qu'à Lui ; et si parfois il prend les traits d'un homme, c'est que l'homme le jalouse et le prie
je guette l'arrêt, mais me grise dans le rythme que je chevauche et précède ; les éléments sont peut-être gris, mais l'ébauche de leur naissance est factuelle ; je n'alimente qu'elle
que dire d'une suite de mots qui, soi-disant, me rend "heureuse" ?... que je ne le suis pas fondamentalement—au sens des gens qui tournent "rond", et que rien n'est moins important que cela en cette maison
la lassitude est là ; reconnaissons-là...
plaisante et amusante, elle se laisse distraire par les vagues qui attaquent et les flux qui détraquent ; elle s'enlise dans la production de formes-tonneaux et éclate la tangente des autres egos
je ne sens qu'elle, qui me traque... avant le lit et le rêve, la récompense et l'abstraction, la désobéissance et la compensation, le désordre et la rumeur, le rite et la fureur
je ne veux pas y aller : il est l'heure ; je reprendrai quand il sera clair ; quand lumineuse, je comprendrai, et sans regrets, je m'affirmerai
là, encore, je brasse de mauvais sables et détourne de dangereux oléoducs, pour le plaisir de voeux pieux
à demain, quand on sera sérieux
à vivement "toi" qui, sans patience, me remettra à l'endroit
pour que jamais je n'abandonne... ni le bateau, ni le secret des fins de nuits dans le ciel à toutes volées
je n'ose publier