l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

que fait-on de soi quand on est vivant ?

aujourd'hui : Kerouac, Ginsberg, Lennon, Cohen ; aujourd'hui, les princes d'une époque qui, pour nous, ne peut faire davantage foi que ce que l'on vit là

alors revenons-y, sans filtre poétique—immanence de l'autre ; confrontons-nous à "nous", au Dragon ou à la bête, à l'Ange ou à l'humaine

sans abdiquer, "reposons-nous" de notre destin, et au-delà de lui... car il nous est aussi nécessaire que fatal

sans connaître ce qui nous rapprochera de lui, ou bien ce qui, de mille manières, nous en effarouchera

quel qu'il soit, faisons "un" avec lui, dans le repos du fond ; tout ne se vaut pas, mais tout s'apprivoise avec lenteur et détachement, gravité et équanimité, éveil et tranquillité

tout progresse sans empressement—sans imbroglio, ni rupture ou recouvrement

et puis... quand bien même, sur un coup de chaos, on se noierait, qu'aurait-on perdu de "nous" ? on s'accompagne pour toujours... dans l'intensité comme dans l'insignifiance, dans la présence comme dans la transparence

on se tance ; on s'amollit ; on se balance par tous les bouts de nous, et jamais on ne pense... ni à s'ériger, ni à se mépriser : on danse

les choses autour de nous s'assemblent parce que l'on va assez vite ! pour les traîner dans l'évidence, pour les chaîner à l'inconstance, pour les tracer dans la mouvance

alors, tel un félin, on s'immisce dans l'autre espace, l'autre glissement, l'autre ferveur ; une écoute d'une divine acuité qui guide nos gestes dans le chuchotement plus que dans la clameur, dans le battement d'aile plus que dans l'énergie forcée : on s'élève, défoncé

subitement, on adhère ; gracilement, on suggère

quelque chose, de lui-même, en nous s'amène, nous mène et se démène pour nous rendre "plus beau"

quelque chose à qui dire "oui" pour donner sa vie—éblouir ses bévues, magnifier ses aberrations

quelque chose de "grand" pour éclater les dimensions cubiques qui en nos émois chaque fois nous restreignent—nos douleurs, nos chaleurs, nos confiances, nos détentes, nos voyages

que nos ardeurs soient encore mobilisées ou déjà simplement abandonnées ; que l'on ait gardé quelques habits ou que l'on soit déjà "nu"

au vif, on ne le "saisit" pas... mais, absolument, on le sent comme si...

l'autre est là

alors, on s'invente beaucoup de lumières ; alors, on marche bien de biais ; cela nous calmera

on se résumera

sans se combler, on s'alimentera, on s'abreuvera... et on se désistera des leurres passagères ; sans du tout de grâce, on s'allègera

on mordra le fil et on le segmentera pour défier les idylles—vraies-fausses mensongères

se redresser, respirer l'air et essayer de marcher pour fendre ce destin qui nous tient ; le craqueler, l'éroder et l'achever en poussière

ce destin, c'est sûr, ne nous aime pas, ou bien, est-ce nous qui le nourrissons ?

qu'entend-t-on par liberté ?... la force de se conformer à une création à l'échelle d'une vie ? qu'est-ce qu'une oeuvre ratée ? qu'est-ce qu'un don aliéné ?

je vadrouille sans bouger ; j'illusionne les oreilles avec des mots qui tournent en rond, mais que fait-on de soi quand on est vivant ?

on s'illumine les yeux dans des phares de voitures et on s'abîme la bouche dans de grandes dévorations... des images éteintes

on s'en va au gré des pousses dans les champs : on fuit et on divise l'adversité pour seulement "petite" la retrouver

m'avez-vous vue ? non ?... je me retourne ; moi non plus

— "on n'est rien !", me disait l'acteur avec la voix féroce des animaux au bord de l'extinction

— "oui, mais l'on devient..."... sans dire "quoi", vous le devinez bien 

c'est pourquoi "se diriger" est si essentiel pour l'accomplissement des lièvres et des tournesols, des cerfs et des hêtres, des grenouilles et des nénuphars

qu'est-ce qui est "beau" ? de se plier, de s'agenouiller, de se rompre ? ou bien de résister, de se mesurer et de s'honorer ?

les tensions sont gigantesques ; elles désamorcent les grandes crues, les complets désarrois, les profonds malaises et les parfaites extases

on n'y est pas

derrière le virtuel, on cavale ; on fait comme si on s'achevait sans bruit, comme si on s'évanouissait dans la nuit

à cache cache avec soi, une à une, on dégoupille les grenades subversives, insubmersibles

on s'arroge le droit de vouloir—de percevoir, de décider et d'acter

tout cela pour dire "non" à un "oui"

parce qu'un jour, "on" nous a dit... parce qu'il est vrai que, pour nous-même, "on" sait mieux que personne ; qui ? "on"...

parce que l'on s'en remet à plus connaissant, à plus éclairé ; à plus singularisé, à plus personnifié... que nous-même

notre ombre ne dirait autrement

pas d'issue ce soir, je crois ; le noeud coulissant se resserre au-fur-et-à-mesure de mon étranglement

rien n'est important ; que du durcissement, de la passion et de l'esquive... dans le plus pur des divertissements