dans un moment, serai-je en haut ? ou bien en bas ?
je me fane à ne plus trouver "le milieu"—le souffle et la peau possibles entre les deux
il me faudrait changer de paysage—le bousculer, le bouleverser, le basculer !
il me faudrait me renverser et dans la roche sableuse me retrouver
s'évanouir avant de continuer
et puis "se tenir" ! sans s'alanguir, sans s'appesantir... sans du tout se démentir et sans trop se brunir
car on est de la famille des "blancs", des clairs et des brûlants
car on a cinquante ans, et que la vie est encore devant
pour nous, un revirement... discret, gratuit, sans événement et sans conséquence
on voudrait le Sahara grand ! et appeler les voix qui régulièrement sombrent dedans ; qu'elles répondent à nos sables mouvants
on voudrait chaque jour entendre la tonalité qui éveille et le timbre qui rassure
la lame d'un pur flamboiement dans une enveloppe de braises
des bras pour serrer et une bouche pour avaler ; une densité et un gigantisme... à apprivoiser
un sourire à déclencher, une humeur à honorer, un bonheur à faire monter
que la Force soit en moi, avec toi
que je fasse mes jours, peut-être loin de toi ; mais que le reste de ces jours soit bien... "à toi"
je suis la perle polynésienne beugnée d'un côté... son cratère est immense, son épanouissement évanescent, sa générosité troublante
je la porte à mon poignet, enlacé par un cordon noir d'absolution—de pardon, de gratitude et de guérison
le tout mêlé
me dissoudre, je ne cherche que cela... me rendre pleine et néanmoins inconsistante, présente et néanmoins invisible
je voudrais joindre les opposés, pour naître de l'autre côté sans perdre ma nature
peut-être me regardez-vous ?... marcher, marcher dans le désert, sans route prédéfinie, sans itinéraire préconçu, sans oasis en vue, sans halte attendue
si je rampe à vos yeux, dites-le moi...
si je m'étire sans parvenir à mentir, si je me contorsionne sans douter de ma parole, dites-le moi aussi !
la solitude crée des effets d'optique ; on boucle sur ses propres résurgences et on en ingurgite les scories
je me vois... pourtant habitée de mille chants vivants, de mille vies majestueuses, de mille paradoxes gracieux, de mille sens émouvants
je me vois effleurer la fleur sans jamais en briser le verre
je me vois aimer follement sans prêter garde à l'éphémère
je me veux belle et vieillie, sage et ardente... en ce que la vie m'aura "garnie"—choyée, rebutée et appris
vais-je partir sans avoir légué ?... à ce stade, on vit tous un moment de panique, un éclair de lucidité, une brèche de désir, une ouverture au futur
si l'on accomplit bien son destin, on se démène sans préjugé—sans adoucissement, ni même amertume
on s'enfonce dans le flou des ténèbres comme dans le vide du ciel ; les vrais paradis nous sont étrangers
on vit aux normes d'un "danger", planqué, honnête et mortifié ;
et, contre les moisissures, on vit sous la douche des fraîcheurs quotidiennes : des ablutions comme des prières ; des gestuelles comme des remèdes
des habitudes de misère, des ménagements de fortune... pour la maison, l'écriture et la contemplation
mon pain de tous les jours, c'est de vibrer à la seule force du mental et dans le seul exercice du présent à l'écran
mes manques sont inexistants
les vôtres se reflètent pourtant dedans
vous n'avez pas d'orientation à mon sujet ; vous acquiescez non-catégoriques à mes déambulations, mais continuez de vous disloquer au fil des apparitions
ceci n'est pas une relation
ceci est disruption, un biaisement, un échappement ou une interruption
on n'est jamais tranquilles...
vivre libre, c'est anéantir la cohérence du mouvement, et ne résoudre aucune disparité dans les alignements
joie de ne pas être ! vitalité de l'abnégation ; je ne capte plus aucun son de sirène, et m'enfonce dans le monde qui détend