l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

un passage entre "les murs"

chaque matin, un vacuum blanc, vierge et géant ; un espace transparent, solaire et invitant

chaque soir, quelques tourments de plus alignés à marche feutrée ; quelques trajectoires dirigées sans arrière-pensées

j'exécute un tournant : une brisure ou un relèvement

j'attends de renaître parmi "les grands", les séniors tranquilles et les divins amants

l'Ange se replie légèrement et redescend un peu de sous sa coquille aurique

il me voit clignant des yeux et souriant des lèvres

un jour, finira-t-il par accepter de voyager avec moi ? à l'intérieur des autres paysages... dans la simplicité de la lumière ordinaire

pour lui, sans doute, cela sera-t-il difficile—vibratoirement risqué, énergétiquement dangereux

risquerait-il de s'éteindre ? car, même si sa nature inaltérable le protège, mon Ange à moi n'est pas si familier que cela des affres de la vie d'en-bas : des rudesses, des maladresses ou des hésitations ; des brutalités, des violations ou des atrocités

il est "clair", mon Ange ; certaines circonstances ne font pas partie de lui ; l'effroi, a priori, il ne connaît pas... 

il n'y a trempé malgré lui qu'en pleine déviation de son humaine ; mais, en toute essentialité, il ne s'est pas exprimé...

ou alors, juste au début, quand il y avait encore quelque chose à "tenir", le regard implorant la commisération et la Foi

sa discrétion à ce moment-là, son abstinence à l'expression et son respect des choix... ont éteint les derniers feux de bois

les chutes, non comme des brasiers, sont alors devenues incolores, mates et froides ; hospitalières ou carcérales, c'était pareil

pas de matelas capitonnés, pas de sangles contondantes, mais bien un corps de pièce en pièce baladé, sans plus d'esprit dedans

la joie aussi d'être en vie, comme lavée des turpitudes et des assombrissements d'avant : un flottement

les premiers moments d'une renaissance soumise et éclairée sans présence affirmée dedans : un ballottement

vidée, vidangée... remplacée, inter-changée... sans repères, ni manières

une enveloppe docile sans tête directrice, sans caractère contradictoire, ni personnalité confrontante

un vide, une brèche, une ouverture sur... une vie possible, mais sans les consistances d'avant

une résilience sans goût, sans douceur, ni amertume non plus

des fleurs, comme au chevet d'une grand-mère à l'hospice ; des réjouissances fortuites ;

tout réapprendre... des textures de soi connues en pleine "cuisine" ; mais préalablement humer sans odeurs

réintégrer un chemin de progrès comme une convalescence au ralenti

se ré-approprier le sens de la sortie dans le temps long de la débandade

se retrouver au milieu des autres comme une première fois : qu'est-ce qui, en soi, a bien pu "tomber" pour cela ?

l'Ange assiste à ces mémoires glissantes, vécues au milieu des blouses blanches, des protocoles et des consignes de vie : des permissions et des interdits... de bacs à sable

l'Ange n'apparaît que pour dire ": les jeux sont finis ; reviens !"... mais ici, le labyrinthe épais ne le permettait pas

des obsessions obstruaient, des convictions revenaient—ineffaçables, indélébiles... d'encre et de sang

je savais... mais pas où cela s'arrêtait

j'avais le centre, mais je perdais la périphérie

j'élaborais hors sol ; j'articulais hors de portée... ce qui me faisait y rester

l'Ange, sous la chasuble des fantasmagories, disparaissait, car, on le sait, l'Ange, se dissout un peu plus à chaque fabrication de nous

après, je ne sais plus... je ne sais plus comment il est revenu

à dire vrai, bien après : par l'écrit

une fois le barrage de l'impossibilité effondré sous la pression de je ne sais trop quelle "émotion"

alors, depuis Lui, sont progressivement réapparus les fruits d'avant le traumatisme

ces belles grosses pêches bien velues que l'on prenait goût dans ses pognes à retourner

néanmoins on n'a plus mordu dedans ; plus jamais dorénavant

l'Autre côté de nous nous paraît moins grisant qu'avant ; le sage présage est de demeurer frais en courant, alerte et disponible dans le flux principal, même en cédant sa place

rien ne vaut le retrait de soi, enfant

rien ne vaut la paix de ce qui dure vraiment, et l'extinction de ce qui bouleverse sûrement

les pagailles se prolongent, mais notre bienveillance diffère en elles le pire

on y assiste la larme à la paupière, brillants et acerbes comme des lames

on en est "revenus" : désormais, fatigués et régénérés, on sait

on ne demande plus ; chaque jour nous en dit un peu plus

il est des bains où l'on chagrine à se rendre encore, mais cela va venir... à force de presser, à force d'épouser, à force d'exciter

on va se réveiller de nos évitements et de nos impressions

emprunter le plongeoir et définitivement se laisser précipiter... pour une Gloire sans postérité

pour une avancée dans la mer, sans ponton pour accoster

pour une nage sans retour et sans bouée pour se reposer

la confiance nous vient de nos mères ; alors même qu'on n'en a pas eu, le coeur rutilant est celui du Père ; une adoption par effraction

la confiance doit nous habiter, se poser sur nos murs et tapisser nos univers

la confiance, c'est la destinée... et la cause, et l'effet