on approche le temps des familles et des deuils de fin d'année ; on n'agrippe plus aucun jour : la nuit remplit tout ; aucune illumination ne parviendra à éliminer la sensation de froid dans le gras des bras et les fourmis à la pointe des orteils de pieds
je sors très peu ; l'Ange m'attache à son canal dans le bain de musique que chaque fois je prends à son contact
que les dimensions subtiles dégringolent dans le caniveau ou bien que les expériences grossières s'élèvent tout en haut du sapin de noël, il nous reste en nous-mêmes le mélange des deux à la fois—ni anges, ni démons
les traces lumineuses rapidement s'effacent ; le Temps ainsi subitement semble mouillé ; et nous, transis—artificiellement exposés et superficiellement protégés : littéralement, nos coeurs éclatent en sanglots sous nos pull-overs amoureusement tricotés par nos grands-mères décédées
les fêtes sont des sas de sécurité pour foyers en péril ; les fêtes trahissent nos sentiments mitigés envers des anonymes surexcités
elles se dénombrent comme autant de sanctuaires désertés par des peuples en fausse furie, en dure harmonie, en somptueuse hypocrisie
je les contourne sans difficulté et m'en extrais sans sensation ; mes rebonds ne s'adressent qu'à mes cocons, qu'à mes possessions, qu'à mes reflets
je les envoûte sans espoir de les voir un jour vraiment apparaître ; et je me satisfais en cette circonstance de ne pas être
l'ultime de la tranquillité—mais vous le savez
vous que bientôt je dois quitter, vous vous êtes au cours de cette lecture affirmés, découverts et romancés ; la poésie a ceci de tragique qu'elle infuse ses amertumes et transfert ses mélancolies
chacune de ses humeurs informe le subconscient du lecteur qui à son insu se laisse affaiblir... et ici je n'ai dit ni "attendrir", ni "affermir"
on est rendu vulnérable par la prose quand celle-ci impunément vous balade à mi-parcours entre les artères principales et les zones de confort
la terre brusquement se dérobe avalée par une plaque d'égouts ; l'eau brutalement recouvre l'aire saine et sauvage ; jamais aucune certitude ne tient
jamais aucun doute, à l'usage, n'est tout-à-fait le bon voyant d'éclairage
le malaise gagne en raison et la malédiction perd de son outrage : l'habitude des distorsions, discordances, déphasages et dérapages, prend le relais des mignonnes acclimatations... d'hier : gentiment, on se déniaise !
on s'enivre et on s'assouvit
on lâche la bride à sa folie-maîtresse pour qu'elle fasse sens dans les sphères spirituelles désunies
on désappointe les gens ; on les soumet à un régime de forcené en quête de trésor amérindien
et on les quitte soudain sur le bord de notre chemin—hagards et fatigués de ne pas fixer, de ne pas respirer ou de ne pas souffler
noyer ; sans doute cherche-t-on à "noyer", à accaparer pour tuer, à projeter pour abîmer... ce qui, pur, ne s'entend qu'une fois, une seule
ce qui, dénué de chagrin, ne s'étrille qu'en temps réel dans le vif du cruel
je recouvre, j'embrouille... et me débrouille pour sortir sereine d'une scène ou deux à proprement parler irréelles
comme vous, j'avale brillamment mille couleuvres et me redresse souveraine en ma plaisante demeure, libre et hantée
c'est ainsi qu'imparfaite, incomplète et trompée, je me hisse sur la pointe des pieds pour exister et vous parler
je n'imagine à cette fable aucun remède—aucun calmant palliatif ou antipsychotique majeur ; la souffrir, la mourir, et c'est tout
endurer sa résistance à admettre, à enfoncer et à démettre ; valider sa constance à développer, à enrichir et à dénaturer
hypnotique schéma que celui-ci ; incertaine réalité que celle-ci
les chimères ne leur ressemblent pas ; à bien les regarder, elles ne font pas loi, tandis que cette histoire, oui, fait foi
pourquoi ? parce que son dévoilement marial n'est autre que le tien dans le proche et dans le lointain
je ne m'en lave pas les mains ; je te les donne comme témoins de tes jours à déambuler
tel un avatar de Grande Vie, l'Ange a permis
... que le récit s'énonce un tant soit peu dans l'obscur de la fiction et dans la trame de nos vies—si pesantes et si futiles parfois... pour éviter l'absolu mystère qui les lie
et l'Amour que je ressens, je l'éprouve après l'Ange qui me dit... de le lui donner à "lui"—qui à bien d'autres aussi se confie
"lui", l'homme d'autonomie et de courage, de caractère et de création—qui chaque fois m'en égraine davantage
à chaque étonnement, je me plie ; à chaque boutade, je rugis ; à chaque maladresse, je rougis ; à chaque rapprochement, je dévie ou je revis
et si je ne sais bien ce que je fais, c'est qu'à aucune des étapes, complètement je me me dénie... tu es bien là où que je sois
où que je me prélasse ou me subsiste, où que tu m'enlaces ou me fuis
je suis ta trace et ta progression, ton penchant et ta déclinaison ; j'incarne ta rumeur et ta discrétion
je te livre mon carnet-de-bord comme un violon... que tu donnes à l'Ange pour symboliquement te le jouer
à vous de vous entendre pour me comprendre, m'accuser ou me disculper
je ne prendrai rien de vos gains—juste vos battements d'ailes aux sons des cloches éternelles