quand on est trop faible pour entrer en vibrations avec l'intégralité du monde
quand, blanchi, on cherche un souffle à sa respiration de jour
quand on se contente de fermer les yeux sans s'attendre à les rouvrir un jour
quand la paix, factice ou non, nous oblige à voir "grand", dans des dimensions escamotées, tellement on les surplombe
quand les sons ne nous agressent plus et les rythmes ne nous synchronisent plus
alors... on pénètre... la minute de silence, là, à la seconde où nous-même 'on part'
c'est infini comme flottement
c'est flou comme un dimanche
c'est soyeux comme l'arabesque et râpeux comme le zeste
je me répands dans l'Amour de nous, dans le rêve des moments en suspension, des glissements subtiles et des grimaces espiègles
je ne suis pas heureuse ; je n'ai même pas su qu'un jour, je l'avais été
je suis... debout dans l'arbitraire des existences
droite et de front, il le faut ; pour voir... faire passer le flux... et absorber la victoire
je n'hésite pas aussi à "dé-voir", aveuglément, sans cesse ramenée à l'Histoire
un jour, j'ai été celle que je décris là ; un jour également, je ne l'ai plus été
un jour, toute seule, pourtant, je me suis déviée pour m'augmenter, me complexifier, me déliter et me fondre
pour explorer l'opposé... de la face sud solaire ainsi déflorée
l'autre côté de la coupole, cette fois vers la terre déployée ; et de toutes ses ondes, vers elle dirigée
je m'y suis tendue, arquée, acharnée, flétrie et déchue ; pourquoi ?
parce que les descentes ne valent que quand elles sont vives et franches, que lorsqu'elles font confiance en ce qui les récupérera
de la seule manière qui soit
quelque chose s'est creusé à cet endroit ; quelque chose d'essentiel apparu par retournement de la peau de la situation
les murs n'en diront rien, mais ils ont engrangé les charges et les délires, les récits et les mensonges, les entraves et les endurances, les aveux et les abandons
ce lieu est-il d'abord seulement à l'abandon ?... ou inspire-t-il encore le miracle ?
tout ce qui s'y est passé dépasse la ligne d'horizon, réimplante les grandeurs, brouille les perspectives, mais re-dispose le chaos
une carte à suivre, plus qu'un fondement, rien de moins qu'un "néant"... : une relation
je l'écoute ; chaque jour, je m'y attèle et l'appelle... pour que, dans le monde, elle se lance, s'échappe et se montre : la relation
cet Amour là... qui se nomme sans apparaître à lui-même, qui apparaît dès lors qu'on ne le nomme plus
cet Amour là, c'est la norme... des genèses, grandes ou anodines, et des fièvres, dévorantes ou enlacées
il apprend à se déprendre de ses secrets et à vivre son corps de l'autre côté
il requiert de se démettre de ses raisons et de ses tords, de ses immersions premières et de ses instances dernières
il se libère en de simples sons à l'air ; les boucles musicales nous reviennent depuis les branchages bruissants, lourds de chuchotements
les oiseaux y sont comme des relais ; ils mêlent leurs gorges dans des éco-systèmes fleurissants : ils sont "relation"
cet Amour là touche la Vie à sa goutte, et éveille le ciel à son espace : accepter qui l'on est, Vie et ciel
et pour cela parcourir les méandres des afflictions ordinaires, des arrogances passagères, des déceptions courantes et des éclats dérisoires
je ne me doute pas ; non, je soupçonne seulement... les autres de venir... sans savoir vraiment où... tourne le vent
je ne m'érige pas en conquête ; les autres viennent, mais s'en retournent aussitôt en me voyant
cela m'est habituel—peu banal, mais anesthésiant
à qui désormais s'accorder si ce n'est au désert ? si ce n'est à cet Amour de sable, glissant et caressant, sobre et élégant ?une arche m'attend : sous la dune de neige, elle se détache, tout en haut des Champs
un triomphe comme une gloire posthume, à l'heure où les textes seront relus, digérés et sublimés
et les honneurs reversés, et les reconnaissances déversées
là était la solution, là résidait bien le Graal... de cette fille muette aux accents schizophrènes
là était sa version du très Haut de la Terre en émotions, et du très frêle de l'homme en narrations
les oiseaux, eux, continuent de voler avec les clés—qui, si on ne les saisit pas, nous feront nous échouer et nous écrouler
en double transparence, elles s'insèrent dans les serrures de vieilles portes qui ne grincent même plus
les gens simplement ne contemplent plus les buses qui tournoient loin au-dessus, ni même ne s'effraient des aigles qui piquent sur eux
rien n'est définitivement "capté", inscrit, scellé, sans être enfoui ou récusé
le monde "en grand" ne s'harmonise plus, s'il l'avait été une fois... chacun y allant de son diapason, de son dièse ou de son bémol, de son pas, de sa trace et de son égarement
les appels à l'aide emplissent désormais l'invisible de nos atmosphères saturées
et les ondes nous trompent, se relaient, sans succès autre que l'apocalypse
une pointe, rien qu'une pointe de nous, et tout sera parfait ! peut-être "sauvé" ?
tant d'amour pour tout cela... ! à ses frais... au bout de sa force, au terme de sa vitalité
'je m'émets' en sa transe et transgresse les compréhensions—qui ici se désistent pour engager la marche
en alpha-oméga, ma déroute se manifeste déjà, mais ce n'est qu'un songe au gré de nulle part