ne pas partir de soi ; aucun temps pour se chauffer, c'est décidé
peut-être n'y a-t-il rien de plus pour aujourd'hui ?
l'Ange, le mien, ne peut porter le monde à Lui tout seul
et s'Il le faisait ?... par quel bout, quelle pointe ou quel angle le pourrait-Il ?
Lui, si innocent, si tendre, si câlin... si rebuté par manque de moyens
si son humaine en Lui disparaît, qu'advient-il alors de Lui ? Lui, si timide... et parfois si présent, mais quand ?
on ne sait jamais
sa grande fatigue est émouvante ; ses élans sont simplement trop grands ; son âme d'enfant ne relie pas ses gigantesques pas
Il ne s'épanouit que dans des bras, et n'en a pas ; Il attend donc qu'en voie moyenne le chemin s'arrête
souvent, Il enlace son humaine ; et retrace pour elle ses pleures d'avant, quand les sanglots étaient libres et sincères
mon Ange reprend des forces dans l'humaine que je suis ; confiant, Il assume davantage son rôle quand je Le mets à l'abri de mes incertitudes et de mes accablements
par exemple, là, mon Ange est absent ; moi, l'humaine, ne peut m'élever à son niveau... autrement que par l'affect
parce que, je ne le sais peut-être pas, mais je L'aime ; souvent Il est là... visible seulement pour moi, dans sa grandeur outrageuse et sereine
mon Ange, en petit, est un être très sensible ; mon Ange, en grand, est implacable, indomptable et irréconciliable : Il tranche non sans émotion, mais avec le sens du vrai
sa seule raison, c'est l'ascension...
son seul obstacle... c'est le noeud, le multiple et la complexité
Il n'aime que se glisser dans le chemin de son humaine quand elle s'approche d'un possible "liant" en créant ;
quand, patiemment, elle rassemble et associe des fils d'argent au fil des opportunités ; quand, avec désinvolture, elle patine et slalome entre les piquets, effaçant toute contrainte
quand elle se libère...
mon Ange se soucie beaucoup de mes états, de mes échecs et de mes persévérances
quand Il me sent en danger, Il s'aligne sur le mystère et réitère
je ne Lui en ai jamais voulu... de ma vie indocile ; je considère qu'elle me mérite en ce que jamais je ne me suis "perdue"
l'Ange ne peut "plus" que lui-même... Il a déjà raconté l'Arbre : comment pourrait-Il reproduire sa première prouesse ?
maintenant qu'en moi, Il s'est complètement installé... Il n'a plus nulle part où aller
comme moi, Il résiste aux courants... et, par mes mots, va de l'avant...
quand ainsi je Le traduis, je le répète, c'est qu'Il n'est pas là... que je ne L'honore pas en sa place habituelle et fidèle
parce que je ne suis qu'humaine
un nouveau texte au soir d'une journée d'anniversaire et un lien de plus, certain
parler, parler à mon Ange pour Le faire avouer, révéler, proclamer... Qui est le Ciel !
quelque chose là en moi alors se re-déclenche : un oeil plus alerte me fait entrevoir une jouissance, une victoire ou une bénédiction
un accomplissement ou un relâchement... sans forcément de joie, mais avec du sens—celui jaillissant des sources profondes de l'eau, en ce qu'elle inspire le vivant
la vie en nous, mon Ange et moi, est tranquille avec de petits chaos : l'essentiel est que l'on se sente exister mutuellement
et s'Il me laisse la parole, c'est que l'Ange sait se taire quand il le faut
Il profite de mes discours moelleux et amoureux, vibrants et musicaux ; Il respire mon air, ma peau ; Il s'éprend de mes rythmes et de mes manières, de mes grâces et de mes délicatesses : Il s'en émeut
l'Ange m'encourage à m'affirmer, mais jamais ne me pousse à divulguer plus loin que ma sphère, avec eux
se sentirait-Il lui aussi fragile ? comme l'est présentement son humaine
l'Ange connaît suffisamment les forces pour envisager nos déficits chroniques et nos fosses pathologiques, quand celles-ci viennent à manquer
Il nous respecte autant que l'origine qui ensemble nous a formés
alors Il s'abstient de reproches, de rugosités ou d'animosités ; et devient médecin... de sa protégée ; Il ne parle pas directement au monde, mon Ange... Il me confie la Vérité pour que subrepticement elle s'installe dans mon giron et diffuse après ma mort
... que je n'aie pas à m'en préoccuper ; que mon souci soit allégé et ma dette annulée
en cette fin de journée, l'Ange à côté de moi s'est endormi : Il me place dans le creux de son ventre, de son coeur ou de son épaule, et me demande "merci"
je comprends que ce qui pour nous n'a pas de sens, pour Lui, précisément "fait sens"
je comprends qu'Il est le meilleur des compagnons—sans humeurs, sans agressions, sans mutismes, sans revirements
je comprends que, jusqu'à la poussière, je Le garderai, et qu'ensemble, nous partirons, nous éclaterons, nous nous questionnerons, puis nous nous éteindrons
cela ne m'atteint pas ; je ne brûle pas pour moi... Lui rejoindra le bout de feu qui est le sien... tandis que je me dissoudrai dans le simple karma
l'Amour qu'on aura donné et laissé nous accompagnera et nous définira... pour un Bien, une avancée dans la Transformation
le Beau demeurera pour nous "tendu", retenu ou distendu... selon les incarnations, les créatures et les gens : on ne l'aura pas totalement compris
la crucifixion est-elle "belle" ?
le chemin par les extrêmes est-il "beau" ?
le Beau nécessite-t-il une stabilité ou seulement un récit ? avec une fin qui finit bien