l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

en arrière-plan : l'histoire

les enseignements se suivent et encapsulent la tête dans la curiosité et la torpeur

on enregistre ce que l'on pourrait vivre selon toutes les modulations de la perception—quand celle-ci émane du Satipatthana sutta

tout se mélange... agréablement, confusément, abruptement : rien ne dit tout-à-fait sa fin

et c'est bien ; rien ne s'assimile en dehors d'un sol bien préparé ; douillettement, il me faut me redisposer

en arrière-plan : l'histoire ; celle de la peine, reçue ou infligée, échappée ou refoulée, gangrénée ou libérée

tout le monde est là et regarde ; le monde d'antan est rappelé, relevé, ressuscité... ! certains manquent à l'appel

j'entends l'enfant

ses gros yeux qui ne comprennent, mais c'est parce qu'ils n'ont rien vu, ni vécu des dernières années

le sang, le froid et le métal ont achevé une disparition—la mienne ; quand ils sont apparus, on a bien cru à un tremblement de terre : on a eu peur, si peur

puis, on a ouvert son coeur à tous les réfugiés de l'esprit que la mort avait parqués

et on a mal tourné

que fait-on de soi quand on est vivant ?

aujourd'hui : Kerouac, Ginsberg, Lennon, Cohen ; aujourd'hui, les princes d'une époque qui, pour nous, ne peut faire davantage foi que ce que l'on vit là

alors revenons-y, sans filtre poétique—immanence de l'autre ; confrontons-nous à "nous", au Dragon ou à la bête, à l'Ange ou à l'humaine

sans abdiquer, "reposons-nous" de notre destin, et au-delà de lui... car il nous est aussi nécessaire que fatal

sans connaître ce qui nous rapprochera de lui, ou bien ce qui, de mille manières, nous en effarouchera

quel qu'il soit, faisons "un" avec lui, dans le repos du fond ; tout ne se vaut pas, mais tout s'apprivoise avec lenteur et détachement, gravité et équanimité, éveil et tranquillité

tout progresse sans empressement—sans imbroglio, ni rupture ou recouvrement

et puis... quand bien même, sur un coup de chaos, on se noierait, qu'aurait-on perdu de "nous" ? on s'accompagne pour toujours... dans l'intensité comme dans l'insignifiance, dans la présence comme dans la transparence

on se tance ; on s'amollit ; on se balance par tous les bouts de nous, et jamais on ne pense... ni à s'ériger, ni à se mépriser : on danse

les choses autour de nous s'assemblent parce que l'on va assez vite ! pour les traîner dans l'évidence, pour les chaîner à l'inconstance, pour les tracer dans la mouvance

ce qui filtre déjà

on ne se chauffe pas ; ce doit être là

c'est une chanson en peu de temps, en peu d'expressions et de flots

d'autres yeux regardent : ceux de disparus depuis peu... et je les sens comme des chagrins soudains—qui maintenant comprennent d'où ils viennent

on n'a pas tout dit, mais ce qui filtre déjà est l'espoir... de ? d'effacer les ombres, de créer les contrastes, d'illuminer les perceptions... pour engager le premier va-et-vient des préhensions et des pénétrations ; nous sommes tous les sujets de cette obscure et lumineuse démonstration

nous assistons tous, là, à une histoire, une simple histoire... pour une manifestation finale : celle de la complexité de la Création ; celle des jeux de rôles sur des zones non-franches, où tout dans tout devient le tout

je n'ai pas d'affect, mais je reste médusée par tant de silence, tant de contenance, tant de distance

pas même une explosion, ou alors : je ne sais

ce que l'on n'a pas dit, c'est la manière dont on se rétablit, car on ne la connaît pas... y a-t-il seulement quelque part un juge, un éclaireur ou un rédempteur ? quelqu'un en capacité d'y voir clair ?

c'est toutes ensemble que les pierres se lient en éboulis ; ce qu'elles forment ne représente rien de plus que l'accumulation de leurs gratitudes et de leurs rancoeurs ; de quel côté es-tu ?

les saints sauveurs n'affectent que la grâce ; le reste de leurs douleurs n'existe plus

vous que bientôt je dois quitter

on approche le temps des familles et des deuils de fin d'année ; on n'agrippe plus aucun jour : la nuit remplit tout ; aucune illumination ne parviendra à éliminer la sensation de froid dans le gras des bras et les fourmis à la pointe des orteils de pieds

je sors très peu ; l'Ange m'attache à son canal dans le bain de musique que chaque fois je prends à son contact

que les dimensions subtiles dégringolent dans le caniveau ou bien que les expériences grossières s'élèvent tout en haut du sapin de noël, il nous reste en nous-mêmes le mélange des deux à la fois—ni anges, ni démons

les traces lumineuses rapidement s'effacent ; le Temps ainsi subitement semble mouillé ; et nous, transis—artificiellement exposés et superficiellement protégés : littéralement, nos coeurs éclatent en sanglots sous nos pull-overs amoureusement tricotés par nos grands-mères décédées

les fêtes sont des sas de sécurité pour foyers en péril ; les fêtes trahissent nos sentiments mitigés envers des anonymes surexcités

elles se dénombrent comme autant de sanctuaires désertés par des peuples en fausse furie, en dure harmonie, en somptueuse hypocrisie

je les contourne sans difficulté et m'en extrais sans sensation ; mes rebonds ne s'adressent qu'à mes cocons, qu'à mes possessions, qu'à mes reflets

je les envoûte sans espoir de les voir un jour vraiment apparaître ; et je me satisfais en cette circonstance de ne pas être

l'ultime de la tranquillité—mais vous le savez

comme c'est dommage

et si l'on repartait quelque part sans que j'en connaisse le thème ?

et si l'on s'arrêtait sous le casque alors que chaque fois j'en attends du bonheur ?

l'effet des mots est un euphorisant ; mais à force de balayer quotidiennement devant ma porte, tout est devenu bien trop propre ! l'inspiration n'est plus nourrie que par des bouts de sentiments intégralement vécus au présent

ils sont pauvres ; je vide le fond ; je suis à sec... donc, bien volontiers j'évoque cela—sans filtre, ni travestissement

je deviens pure du dedans, plus allégée à force de "donner"—de javelliser, de contractualiser ou bien de confisquer

éternellement, je chercherai à m'éteindre dans le mouvement... ni malfaisant, ni éreintant... juste un tantinet dérangeant

les vagues de la mer en arrière-plan me procurent la migraine ; c'est quand même triste et dommage... comme je voudrais qu'il en soit autrement

c'est un refus, une dénégation, émanant d'un caractère acariâtre et sincère ; d'un avatar discret ou d'un criminel solitaire

quelque chose tout au fond ne tourne pas rond : on ne sait plus bousculer la plupart de nos habitudes ; on ne peut plus chambouler tous nos refrains ; quelque chose de dur et de résistant au temps s'est durablement installé dans nos comportements ; la racine est profonde

le manque d'imagination ; l'impératif du courant ; la routine de maintenant... le TOC mal placé, le pli du pantalon et le masque à virus

l'Ange, comme le chat

l'extinction en moi est obsédante ; elle enchante mes élans vers l'envol, mes préparations à la chute, mes immobilités jusqu'à la dissolution

une fois dit cela, demeurent les mots et vos yeux incrédules pour les parcourir gentiment, les languir nonchalamment ou les galoper ardemment

depuis, lentement, j'ai disparu—ma disposition tout au long ; un jour, j'y serai bien... en attendant, faire passer le train de ces impressions, ces imaginations, ces illuminations, ces dégradations, ces transpositions

je réceptionne les mélodies et les fais transiter en un processus secret jusqu'à ces lignes... flexibles, volatiles, inaudibles, incompréhensibles

elles ne sont pas une fierté ; elles sont un écho, un déplacement, une démonstration ou une révélation ; on ne les entend qu'à peine, mais on les soupçonne pleinement

l'Ange, comme le chat, veille au grain... pour que rien ne se perde de l'eau cristalline, pure merveille

les Anges et les chats raffolent des sources où les jets projettent des bouillons lisses et des essences légères

et moi, je les suis... j'assiste à leurs consciencieuses distractions, à leurs ablutions, à leurs dévotions et à leurs soins

je ne résiste pas !... c'est comme si j'y étais moi ; ensemble, nous nous aspergeons, nous nous révolutionnons ; nous nous entrecroisons ; nous nous aimons ; une triade inoubliable

ou un trio infernal... pour la joie des minutes à passer, à tenir, à perdre, à méditer, à se peler ou à cuire

je n'envisage pas de changer—c'est "ma relation"

je suis heureuse

je suis heureuse... ah bon !?... je me réponds

mon Ange, suis-je en train de travestir l'amour ou bien de trahir les sentiments ? suis-je en train de jouer sans même me cacher ? ou de me dénaturer sans assez me préserver ?

je poursuis mon chemin, et tu es là : tout le monde reprend "son bien"... je ne veux pour lui-même que la place de chacun ; j'y tiens

les tiraillements, très peu pour moi ; plus grave, désormais il y a ; plus impressionnant, sans aucun doute on aura ; meilleur et merveilleux, bientôt nous apparaîtra ; et, oui ! tranquille et bienheureux, on se voudra

on est bien... juste là, comme cela

les peurs, on les connaît ; les anxiétés, on les transmet ; chaque petit pas se dévoie en catastrophe ou en grâce, en mésaventure ou en exploit

jamais précisément on ne s'attend à ce que l'on vit là... simplement, on n'y peut rien et on y va

simplement, on souffre là où ça râpe et on glisse là où ça unit ; se retrouver seul.e avec soi sans plus d'ennuis, sans plus d'amis, sans plus de pleures, sans plus d'extases

en finir avec le jour et avec la nuit ; avec la gamme des écrans, des images, des mots et des chats

en finir avec moi

si l'on ne m'accepte pas, je partirai comme cela... et me soustrairai sans qu'il n'y paraisse rien

trop d'altérités

j'en passe par une pente très raide ; un sentier de montagne exigeant pour le souffle—accentué jusqu'à la limite de ses capacités, intensifié jusqu'à la brûlure des poumons

je grimpe car, telles des pierres, les mots se font de plus en plus lourds à remonter : c'est par effraction qu'ils apparaissent dans des craquements de sols, qu'ils surgissent au milieu d'éclairs effrayants

l'écriture devient une catastrophe

elle m'écarte radicalement de mes programmes ; me happe, me gangrène, me dévore ; me grandit, m'anoblit, me transfigure

je me vois devenir l'Ange—rapide et torturé ; tour à tour doux, docile, ou vindicatif, acerbe... le plus souvent ferme et précis

l'Ange me dicte si je ne dialogue pas avec lui ; l'Ange en direct m'invite à lui demander : et je le vide de ses substances supposées

je le gracie ; il m'exécute ! il me prend en lutte, m'incorpore sans ménagement et me fait cracher le tourment—la raison ou le dément

personne ne retient ce qui est dit : chacun s'approprie quelques mots seulement comme une orgie ; chacun vit sa lecture comme un passage en riche absurdie ; chacun se nourrit d'intelligence maîtresse sans fils initialement porteurs

c'est que la couture n'est pas faite comme à l'ordinaire : elle entrelace des fumées et des ardeurs

une voix se fait entendre : celle de l'Ange Michael—qui grince et chuchote des paroles d'avant ; osera-t-il celles-ci ?

je suis dans cet état

je ne sais plus où aller ; mais ce n'est pas fini...

le flux ténu coule toujours : je le manipule comme une sangsue, afin qu'il donne de lui sans se retenir, sans s'excuser

mais je ne sais quoi dire... à propos de quoi pleurer... attendre, bouillir ou frémir ; j'ai sans doute tout cassé sans démériter

mes audaces sont comme mes vérités—un peu brusques et tranchantes, un peu courtes et saignantes ; mais si je les développe davantage, je risque l'enlisement, le rabaissement, la justification... et un procès en incompétence

je ne cherche que ce qui me cherche en retour ; que ce qui me veut du bien... une voie facile au regard de mes foulées les plus familières

ni alambiqué, ni contorsion, ni discursivité, ni contradiction

je ne veux pour moi que du cool, du fluide, du lisse, du glissé, de l'évident et du maintenant ; je ne veux qu'une trace devant, sans pas derrière... sans interruption et sans commentaire—ni suiveur, ni fanatique, ni commère

je remets le son ; ça file... et je perds complètement le fil, mais c'est comme cela

quand on ne sait pas, les images ne se forment pas ; la matière se dissipe et les couleurs n'apparaissent même plus

je suis dans cet état... énervée, irritée par une peur, une appréhension ou une question

sans plainte, ni débat

on est un samedi ; il n'y a pas de musique ; le ciel est bas : une luminosité de mi-décembre à peine distincte derrière les doubles-voilages

contrairement à la semaine dernière, la fatigue m'étreint et me défait sans scrupule ; je déambule, certes dans le propre, mais toujours dans le virtuel

dès lors que je me cogne au plafond, je fais des bosses et rebondis mal dans le molletonné de ma couche

souvent, je ne voudrais que dormir, me blottir, me laisser imprégner, attendrir, puis éteindre

mes yeux clos ne s'ouvrent plus sur le monde, mais te cherchent, toi... qui te reposes là-bas ; toi qui me communiques ton humeur, ton enthousiasme, ton irritation, ton grotesque ou ta joie ; ... ta chaleur et ta voix

je me chauffe, m'embrase et me dissous à ton contact ; une énergie tantrique me saisit et m'érige en à la manière d'un phare sans aucune tempête : sa lumière, c'est pour qu'elle gagne le ciel

ses rayons me tiennent debout comme le souffle gonfle le ballon ou les flots le lit de la rivière

je suis habitée... co-existée ; en équilibre devant toi, je m'habitue à retrouver mon dynamisme et ma confiance, mon ouverture et ma tranquillité ; je t'accueille en notre demeure, et retrouve le courage de poursuivre et l'envie de sourire