l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

un Amour

un Amour, c'est comme l'horizon ; son repos dans l'ouverture donne le sentiment de filer déjà plus loin dans le Temps

la Vie se développe en son affection synchrone—qui crée le tempo propice au réveil des cellules assoupies

du tout paresseuses, mais comme cristallisées et ralenties, celles-ci se réchauffent et s'animent, toute sensibles à l'émoi nouveau qui les effleure

la Vie, c'est une caresse sensitive qui active les papilles haptiques et gorge les vaisseaux de tous ordres

l'Amour enveloppe cette fragile conjonction de forces dans une gaine intérieure qui dynamise ses réseaux

l'Amour dissout les obstructions, fluidifie les engorgements, purifie les scories et avive les ressources

on bondit en avant... dans la douceur d'une ouate vaporeuse et lumineuse... qui amortit notre réception et illumine notre vision

l'enchantement est vocalisé en mille ondes sonores descendues de Haut

notre coeur se soulève et crève sa gangue de poussière

la note est tenue... longtemps elle se maintient dans la Présence à rien

c'est l'éclat... de toi... qui me pénètres, moi

sans que j'en dise un mot, l'instant se répand en sa place discrète et voluptueuse... la ferveur le tient

il se réchauffe au feu de mon plexus qui appelle ses soins

alors, une seconde fois, se manifeste l'espace—qui aligne le Temps sur sa propre magnitude

on quitte "l'ordinaire", aux échos déjà lointains, pour gagner le véritable Lieu de Vie, dans des dimensions de l'intérieur altérées

on se faufile dans des alcôves secrètes, puis, en rêve, on se glisse dans des eaux nocturnes

les baignades sont des voyages paroxystiques d'harmonie, de délice et de gratitude

l'Autre nous saisit ; et par Lui, en nous s'épanouit l'oasis de cristal vert et bleu

au niveau du coeur se répand la Vie

ainsi, un Amour puissant devient-il un jardin subtil... aux mille nuances de couleurs, de parfums et de saveurs

je m'y suspends

j'y arrête mes troupes

je me repose enfin... sans déni : l'ascension est rude et sacrée ; la suivre est une fidélité

et, comme la cellule, enivrée, je m'engourdis... sans tout à fait m'éteindre

j'attends que l'Amour, qui là m'a déposée, repasse avec son carillon d'excitation et son ébullition de sagesse

je m'adresse à Lui dans la torpeur des heures et vacille entre fantasmagorie et réalité

il revient à son gré et me dérobe des pleures

l'Amour, je le deviens sans plus de corps à porter, sans plus de poids à soutenir, ni de forme à supporter

les miroirs sont vides

ils reflètent l'éternité ; même les sons ont disparu et ne retiennent plus que les ombres effacées

je m'enfonce plus profond encore, dans les filtres de l'ultime alambic pour une essence allégée

plus rien à engloutir ; les phénomènes sont des apparitions qui mystérieusement disposent de pouvoirs terrestres

tout est inversé

l'Amour solaire alors manifeste sa raison d'être—pour nous maintenir à la lisière entre la Vie et l'Immaculé

entre la Forme et l'Immatérialité ; entre ce que nous faisons là et ce qui nous attend là-bas

tu me prends dans tes bras—qui sont froids ; comme la neige, ils magnétisent en moi la chaleur du fond de l'intérieur des cordes

et je m'immole à ton contact, graciée par la miséricorde

tu m'emmènes dans tes mondes... plus chauds et tu m'attèles à tes animaux, pacifiques et vitaux dans les profondeurs

je m'écrase un peu plus dans l'élément "eau"—devenue immensément sombre ; la pression monte, incommensurable

ici, l'atmosphère d'altitude se retourne sur elle-même : de basse étreinte, elle passe à haute ; le monde bascule en négatif

pas moins "viable" : là où mes poumons d'habitude éclatent, ici ils ne mesurent plus que la taille d'une orange

ce sont les extrêmes de mon existence

l'entraînement est-il différent ?

je saupoudre mon café de sucre-glace et tourne ma cuillère dans ma tasse de verre : je ne suis l'héroïne que d'altérités idéelles et ne vis que dans le possible "au milieu"

"nulle part", peut-être

pourtant, ce sont mes remèdes

un Amour—le mien, diffracté en moult perspectives... perdues et retrouvées

j'incline nos noms, afin qu'ils reluisent dans la fonte au soleil—là où la respiration installe leur retrait à jamais