il y a ce que je dis ; il y a ce que j'écris et l'entre-deux—intelligible pour ceux qui savent écouter, sans toujours bien s'assurer de ce qu'ils ont compris ou non
je suis comme eux
je n'ose passer du mot à la voix ; et me conforte dans une construction qui, depuis une grosse décennie, dure sans frontière entre perception directe et traduction confuse
la peur du désaccord est plus grande que la curiosité d'y voir comme en plein jour
je me retranche dans un clair-obscur tremblant où tout est encore possible, vivant et palpitant—tout autant aveugle que clairvoyant
mon cinéma intérieur vit de ses propres ombres géantes, précises, vitales et grotesques
depuis l'hôpital, mes images naviguent dans un "je ne sais plus" hésitant ; dès lors qu'aucun relais externe ne vient durcir votre réalité, la rendre béton, on s'engage sur un chemin de vase et d'orties, sans coeur, ni chaleur
ce qui est marquant en psychiatrie, c'est l'absence de limites de l'esprit branlant, alors même que les murs autour de vous se rapprochent jusqu'aux sangles
progressivement, comme une éponge, on s'est laissé incorporer dans une vérité que l'on n'a pas soi-même vécue et dont on ne connaît aucun des contours, aucune des saillies
on fonctionne sur une supposition, un angle mort, flou ou distendu—ou les trois à la fois
et on attend comme une exécution ; quelque chose doit retentir comme un démon, doit se signaler comme une atteinte à la vie courante ou une alarme face au brusque néant
quelque chose doit "comprendre" ce qu'il fait là ; quelque chose doit se visionner lui-même dans sa progression ; encore aujourd'hui, quelque chose continue de se déployer, de s'alimenter et de se manifester
par nous, le karma passé poursuit sa fâcheuse destinée et transite sobrement pour les temps où il sera dévoilé
sommes-nous complices ?
c'est la question
le bourdonnement, le gong, l'hallucination...
les strates se superposent et parfois se rendent poreuses les unes aux autres : devrions-nous nous-mêmes être "jugé" ? par des citoyens laïques, distanciés et insensibilisés ? hermétiques au bain de lumière que procure le contact avec les grandes âmes et les pires mendiants ?
qui peut se prononcer, si ce n'est le karma lui-même—nécessaire, implacable et juste
"mourir" nous y fait naturellement nous y frotter en sa complète pénétration, en sa parfaite équanimité
c'est pourquoi, karmiquement, je ne veux que mourir—pour voir le vrai et le rendre visible à l'invisible
vivants, on ne peut que se fier à ses propres appréciations, inspirations ou fulgurances, sans connaître la part de ce qui nous revient en dehors de ce qui est vraiment
morts, on flotte dans l'information qui signe drastiquement les faits—conscients et inconscients
l'histoire alors est très différente
elle surplombe des reliefs qui sinon seraient abysses et précipices, gorges et canyons ; elles terrasse des phénomènes qui sinon apparaîtraient comme autant d'aurores et de rayons, d'éclipses et de conjonctions
"les vertiges" sont normaux ; "les lunes" sont normales—traductions de ce qui se joue en-bas, plus profond dans les limbes
des êtres de terre s'y relient ; je n'y crois pas... pas plus loin que pour moi-même, dans le giron restreint que chaque jour j'appréhende dans une indicible frayeur qui monte et qui monte sans que j'en capte rien de distinct
le mal-être se calfeutre dans une cale ; ... j'ai ouvert cette cale pour la remplir de lumière... le reste est affaire d'expérience, de forge et de conviction
les autres diront, s'inquièteront, pleureront, gémiront, hurleront... sans réponse et sans soupçon
les autres me chasseront parce que je ne réussirai pas à maintenir ma place... aux côtés du monstre
tu tergiverses, tu oscilles... et tu meurs
tu flanches seulement, et tu disparais—avec tes propres pas ou à dos d'âne, lui qui te connaît
comment contacter l'entendement des gens sans les foudroyer—les contrarier, les perturber ou les anéantir ?
comment les éveiller, en eux-mêmes, à cette trajectoire que l'on emprunte soi ? est-elle bonne ?
car on s'imagine avoir fait le tour... mais de quoi ? de soi ? de l'autre ? certainement pas du monde
pour être rendue acceptable, une vérité multi-niveaux doit se révéler par coulisses successives dans la psyché
pour éviter les déchirements, suspendre les déviances, les surgissements ne peuvent aussi se provoquer que simultanément ; car liés ils sont
pourquoi vivre alternativement ? ce qui s'aligne en même temps
je ne me risque à rien de pareil : je développe ce que j'éprouve au fur et à mesure où il se présente ; je fore dans le matériau subjectif qui s'offre en un délire vif et "pas facile"
tout s'y trouve pourtant
les espoirs et les détresses, les incertitudes inéluctables et les croyances inévitables ; les coups de crayons comme les plages de couleurs
l'esquisse est prémonitoire
le talent secondaire, et les devants téméraires
je navigue pour le pire, mais je ne l'accepte pas
c'est sûr, rien ne finira, mais tout se réalisera... si la confiance est là