l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

le voulez-vous ?

un arrêt et tout s'effondre

une disgrâce et c'est un nouveau départ ; on cherche à se remettre droit ; on se tortille comme un ver pour "se sentir" ; on se ramasse à la cuillère dans la peur

je ne sais plus... ce que je peux, ni ce que je veux ; si les regards nous affaissent, nous abattent, il n'y aura pas de grâce, ni l'impact qu'il faut, avec le contraste bien ajusté, avec la pénétration idoine—visionnaire et solidaire, et la manière de relever la situation par le fond, de la redisposer par la Tendresse plus vraie que toute autre

faut-il que tous les protagonistes ne soient plus ? tous ?... même ceux des moments sains et précieux, même ceux des combats forts et victorieux ?

je ne vois que la suite... dans un chaos sans nom ; voudrai-je un jour porter une partie de la charge de cela ? comme s'il était possible de lever une partie du voile sans du tout le balafrer, sans en lambeaux à tout jamais le réduire et le griffer

les cauchemars que je fais ne sont pas un bon présage ; ils empêchent la progression ; ma conscience est torturée, dépecée, avariée ; trouée, plombée, déchirée ; et ce n'est que ma conscience

les vues parallèles se dis-jonctionnent sans réaliser leur vérité ; cela, parce que les autres ne voient pas ; et que les autres, un jour, cela devient soi

pas de communauté sans accord sur des vibrations de fond, pas de "faire monde" sans naissance commune au merveilleux

comment "faire monde" sur une saignée ? comment collectivement intégrer des dimensions que culturellement on ne nous inculque pas, et que naturellement on désavoue tout au long de son développement ?

je ne suis que chrétienne, que bouddhiste et que moi-même ; les clés m'ont été données au prix de ma naissance, de mon mystère et de ma santé ; l'Arbre ne vient pas de nulle part

il a poussé à force de rencontres et de révélations, à force d'exclusivités et d'étincelles, de fausses routes et d'isolement, de foi, d'intuition, de données et de connaissance

il a poussé dans des rêves devenus "terre" ; dans des altitudes devenues mers, des ruisseaux devenus estuaires

le travail de ma vie, chacun pourrait l'avoir fait ; mais chacun l'a-t-il fait ?

chacun a-t-il cet intérêt ?... pour le blanc et le noir ? la lumière et la difficulté ? l'amour et l'ennui ?

je ne veux rien ; je veille... les défunts ne sont pas toujours muets : ils nous assemblent en des puzzles réparateurs, nous baladent en des labyrinthes initiatiques que l'on traverse ensemble

en qui avoir confiance ? si ce n'est en son être profond—qui se lit dans les fantasmes, les aspirations, et les songes les plus froids

je suis revenue de là comme un glaçon

aussi ultimement que là où tu étais toi pour me parler comme cela

je ne vis pas pour cela, mais par cela que je dirige et renouvelle, que j'ouvre et authentifie comme voie formelle

je ne veux qu'accomplir ce qui me tue

je ne veux qu'acclimater les mots, afin que lus, ils diffusent leurs effluves et distillent leur sagesse dans l'entre-deux des apparitions

et s'il n'y en avait pas ? si l'obscur, l'opaque et le mat définitivement faisaient loi ?... en tous ceux qui simplement ne voient pas

comment "former" ? donner consistance à une architecture des sphères sans péché, à une structure qui librement atteigne la cible ?

comment "informer" ?... l'autre—qui ne lit que le journal des nouvelles courantes et ne s'ouvre qu'à ses prochains spectacles d'existence ?

je n'assume que ce qui infiniment, spirituellement, me porte, et pour lequel je suis formée

si différente ; aux hommes si indifférente aussi

je demande à ceux que je sais, et que tu sais, de me délier des fausses culpabilités et des vaines complicités... pour me dire où aller

"servir" s'approuve dès lors que le fruit trouve sa saveur de sucre et de sirop ; dès lors que le mordant a capturé sa proie de fertilité et de félicité ; dès lors que les sérénités se croisent en un essaim tourné vers le bien

et je ne sais où on en est—du coeur et du choeur, de la philosophie et de l'oracle

... ces lignes ne se justifient que pour toi et moi—sinueuses dans une lecture comprise pour le mal de nous et pour le beau de nos créations

... ces lignes ne pourront être publiées

elles s'effeuilleraient dans le mal-être, véhiculeraient des erreurs et des terreurs, des langueurs et des malheurs

elles ne savent d'ailleurs bien souvent pas ce qu'elles disent, s'en prenant à la souche de la croissance de l'être dans ce qu'il dit de plus incertain, de moins docile, de plus transparent, de moins facile

je suis cette fille qui passe le temps pour écrire "demain" sans se projeter : elle n'y est pas

je suis cette fille qui s'anéantit par mégarde pour ne représenter que l'ombre et la lumière

morte, je survivrai... comme les chats, en chapelet, que toute notre vie on accompagne à l'entrée et à la sortie

morte, plus grande je m'édifierai... avec le recul des sirènes et la prestance des humaines... en moi, aucune déesse

aucune majesté de trop près travaillée, ni de trop loin argumentée

comme nombre de vous, je subis le destin bâillonnée par les poings

je ne me décide toujours pas à m'évanouir, mais j'expire ce qui me veut ; les mots le disent

alors ? vous aussi, le voulez-vous ? dans l'accueil du plus simple de nos vies parfois spectaculaires, angoissantes et sur-naturées

les voulez-vous... ? le seuil sans plus de barrière, l'éclat sans plus de joie, la gnose sans plus de présence, le foudroiement sans "autre toi" ?

glissez-vous dans une musique pour y être confortable et n'agissez plus !

atteignez une muraille et, là, laissez-vous tomber