l'avantage de la nuit, c'est, qu'en elle, même les tunnels sont doucement impertinents
je commence un autre cycle à partir de toi, en questionnant une phrase venue de nulle part connu de moi
comment vis-tu tes nuits ? comme des tunnels ? ou bien, est-ce toute la vie ?
les tunnels appellent leur sortie : la lumière de la connaissance, le bleu de la réalisation, la netteté de la lucidité, la transparence de l'intégrité
tu te voudrais "lu" de tous—dans ton drame et ton alarme, dans ton repli et ton ascèse, dans ton appel et ton saignement... dans ta douceur et ton impertinence
sans dépassement de "toi", il n'y a pas de pardon en soi ; mais se dépasse-t-on soi-même sans le regard de l'autre ?
pour s'estimer blanchi soi, c'est dans l'eau de Vie que l'on doit... tremper et purger sa peine jusqu'au bout de l'énigme pour soi
car on ne sait pas ; on est devenu son plus grand mystère : quand on est blanc, on co-habite avec une négritude ; quand on est noir, avec une blanchitude ; cela nous éprouve le coeur comme une altérité majeure
c'est elle qui nous regarde en nous-même, nous scrute et nous insulte ! nous tanne et nous dédouane, nous presse et nous rejette, nous serre et nous déterre
l'altérité en nous converse ; ses déjections dans les échanges nous retournent, nous sermonnent et nous élèvent
mais pour cela, résister à n'être sûr de rien... ni de la pérennité d'une contrition, ni de l'authenticité d'un pardon
qui pardonne ? personne ; qu'est-ce que le pardon ?... un effacement de dettes ? un recouvrement de créances ? une guérison de l'esprit ? une délivrance du physique ? une balance jugeant des épreuves ? un pass pour un jardin ensoleillé ? un sas pour l'éternité ?
le pardon vient de sa propre compréhension à soi ; on ne se le donne pas : il arrive et s'accomplit en soi... au moment où l'on se trouve clair avec toutes les dimensions impliquées dans la circonstance, au moment où l'on se sent accompagné de toutes les instances en présence dans le mouvement, avec tous les êtres encore "vivants", méritants et clairvoyants — des deux côtés de l'existant
les autres, les "mourants" — ceux dans l'ignorance et le mal satisfaits, complus, surfaits... on s'en défait avec de la paix et des souhaits
on ne les emmène pas là où l'on va ; on ne se maintient qu'avec les coeurs sincères de ceux qui ont peuplé nos nuits de misères, de peurs et de pleures ; qu'avec ces âmes avec lesquelles on s'est lié à jamais dans l'ambiguïté des liens et des causes
mêmes "mortes", ces âmes continuent de cheminer par tous les bouts d'elles et de nous... et peut-être profondément de nous aimer ?
les relations quand elles touchent au karma ne sont faites ni d'amour, ni de haine, mais de nécessité... à entrer dans la complexité des phénomènes
unis ou séparés, ensemble, on vit les "états de nature" dans lesquels on est : poisson ou chat, éléphant ou rat... les consciences sont "une" en l'Etre Final, dans le diapason des sonorités universelles
un pardon, c'est une dissolution de karma que l'on se donne à soi en pénétrant toutes les subjectivités simultanément impliquées
un pardon, c'est un "oui" collectif à la Vie dans ce qu'elle a de plus transversal et de moins singulier
je les entends ces "pardons" que l'on se communique tous... pour simplement dire que c'est "ok"
je les entends, y compris dans leur surdité à recevoir le geste de l'autre—le repentant, l'implorant, le survivant ou le gisant
je les entends dans leur fermeture d'habitant ordinaire, de compagnon solitaire, de mutant inconscient
l'ouverture—seule antidote au chagrin et à l'anéantissement, seule réponse à l'incertitude et à la dévoration, seul contrepoint à l'attaque et à l'usure
l'ouverture pour dire "oui" à son destin, quel que soit ce qui nous revient de loin ; on s'expose à soi-même dans le plus pur des instincts et on se repose sur ce qu'il est juste de détendre et d'accomplir pour "faire surgir" !... un bout de soi plus vrai, plus vif et plus ému
on n'a pas le choix de nos incarnations, ni de nos problématiques ; on s'auto-détermine dans des champs co-agissants et on re-nature nos époques de vie aux inconscients noircis
se régénérer soi, c'est permettre aux autres de renaître
c'est admettre qu'à nous tous, on avance en miaulant, en gesticulant, en se trompant, en tergiversant, en vociférant, en s'accablant, ... en se relâchant...
c'est admettre que rien ne sert d'être "jugeant" en se démarquant de l'autre comme d'un poison : Toi, c'est Moi
j'ai été toi et tu as été moi dans les vies d'avant ; ce que tu as fait, je l'ai fait déjà... et toi, tu as déjà été moi, dans ta nature duelle et cruelle
je fus rebelle, puissante et manipulatrice ; reine et dans la geôle : le sang coulait sur mes bras
les choses se représentent pour moi, sans que je m'accuse d'être toujours et seulement "moi"—cet ersatz d'humaine qui te dit "toi"
alors, si lui, c'est toi et toi, c'est elle... soyons fidèles—à nos perceptions, à nos fantasmes et à nos lois ; larges comme des gouffres, vastes comme des horizons, étroits comme des failles, profonds comme des sources
allons tous au fond de soi, tout au fond de "toi"... pour se trouver à la même place que le chat, au même endroit que le rat, à l'intérieur de l'éléphant, ou bien aux tréfonds du poisson
lui, c'est toi ; moi, c'est elle... la déesse infidèle qui pose son regard sur toi et qui t'aime bien irréelle
la Foi, c'est la Loi... dans nos regards de Vie sur ce qui aujourd'hui va expirer
le Pardon, c'est l'Union... de nos élans tous liés et décédés, tous convergents et émergents
aussitôt apparus, aussitôt comblés, nourris, grossis, gonflés et libérés... d'eux-mêmes en un claquement
c'est la vacuité de nos dynamiques co-accrochées—vitales et disponibles, tendues et stigmatisées
c'est la merveille des pointes de diamant quand celles-ci se révèlent, alors même que ré-enfouies l'instant d'après
on ne saisit rien ; on s'incorpore dans le seul vivant—la flaque, d'eau ou de mercure, la forme, d'or ou de sel
on n'est rien... ON N'EST RIEN... parce que l'on ne crée que ce qui passe vraiment