l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

demain sera grand

une impression de blocage, de désaccord ou d'incompréhension... alors, on remet le son

on n'ose peut-être pas tout dire de l'intrusion—celle que l'on provoque en déliant les rêves à l'endroit de leur vertu et de leur fièvre, de leur fiabilité et de leur imposture

qu'est-ce qu'une réalité ?

un film mental déroulé en flux tendu dans la précipitation des prises et des clichés ; et repassé en salle obscure avec les imperfections du jeu et de la pellicule

les mémoires diurnes se chaînent, se recouvrent, hésitent et se trompent

les rêves nocturnes font les relations, fondent les équilibres et nouent les secrets ; comme tout le monde, j'en fais...

parfois, ils sont l'occasion de rencontres avec des mondes qui n'existent plus—ceux d'un passé révolu... avec son empreinte karmique qui n'avance plus

faire circuler l'énergie des rêves, c'est réactiver un peu de présence chez ceux qui ne sont plus... pour accompagner les vivants dans leur entreprise de réparation

pour qu'enfin tout se pose et tombe d'aplomb—par magnétisme ou par régulation

j'élabore des redressements ; je cautérise des saignements... mais jamais je ne m'épanche sur la nature de la guérison : doit-elle faire mal ? sa douleur doit-elle entrainer la peine des autres qui y sont liés ? à jamais marqués

je m'équipe sous le casque en free-style musical et me mets en demeure de faire fonctionner une fois de plus l'écriture—tel un jet venant de territoires aujourd'hui secs

je m'attache à marcher pas à pas dans le sable d'ici—qui submerge désormais chacun des sommets de vie que j'ai connus jusque là

je brouille les traces—même pour moi... afin de me maintenir dans une brume porteuse de mille lambeaux de surprise associés ; je ne sais plus qui je vis

aucune importance : on n'est pas plus soi, que toi, ou lui... que nous ou vous

très indistinctement, tout se mélange et s'adoucit ; c'est la résultante de l'épanchement et du déploiement : rien n'est laissé de côté, tout est compris dans l'agrément du Tout

je m'isole en m'interconnectant—sans conscience ; je me retire en un sens, tout en me dissolvant intégralement dans le schème ambiant

ainsi absorbée par ce qui se dilate et se désagrège en même temps, je me retrouve "seule"... terriblement, magnifiquement

le sac-à-dos vide, je chemine dans ce qui m'enfonce délicieusement jusqu'à l'ultime

s'endormir au pays des vérités n'est autre que cela—doucement dans l'âge et le silence, sur une note haute et cristalline, tendre et câline

je remorque ma vie—qui me devance dans son inexactitude à capter le fil ; mon retard ne fait que précipiter ma confusion à colmater les failles

c'est comme si on était deux

ma vie, comme un animal du désert, docile et fragile, agile et éphémère, sait mieux que moi, et pourtant je ne la suis pas ; je ne fais que m'effondrer sur le bombé de son dos qui m'éjecte d'un seul coup de trot, sans ruade trop brutale

la vie avance à son rythme, qu'on en soit—ou non, qu'on la plaigne—ou non

les anachronismes éclatent les bifurcations auxquelles on dit "non" ; ainsi tout se bloque, s'immobilise et se gangrène

alors, très tranquillement, on repart en marchant—attentifs aux seuls sons de notre souffle et de notre sang... pour au plus juste sentir le tempo

notre corps—cet ami, cette source de sagesse, qui jamais ne rechigne à donner de son mouvement et de sa pulsation, de sa chaleur et de son entraînement

je me calfeutre dans lui—qui prend le relais de ma névrose à vouloir tout contrôler ; je glisse dans son horloge et me détends dans son mystère : rien ne s'y égare au hasard

j'éteins librement la flamme des espoirs inattendus, et redeviens la "mutante" du coin de la rue : celle dont les passants ne se moquent que cruellement ; ... tellement les désirs et les peurs !

je ne pense pas à vous, mais vous emmène dans une zone interdite de transmission, de discussion et de compulsion

je ne m'atteins que péniblement ; alors, vous, je vous imagine ! ... perdus dans le lait de mon délayage—qui s'efforce de ne jamais trop saisir, ni de se faire trop saisir

je m'engage auprès de vous—à vous lire ces pages, qui n'en finissent que via l'ombrage de nos humeurs à jamais inversées

je vous aurai laissés "à l'envers" malmenés, et pour moi-même, "sans remède" délaissée

j'aurai cherché la Lumière et je l'aurai trouvée ; je me serai languie de l'Amour et j'y aurai baigné ; je me serai voulue stabilisée et j'aurai échoué

l'émerveillement ne tient que par la volonté du spontané ; impossible à dresser, indolore quand noyé, vivace en d'autres contrées

je respire timidement, jamais satisfaite de ce que je ne pourrai une fois de plus pas lire à haute voix, face à vous, si embarrassés

ainsi, collectivement, s'endort-on... se mesure-t-on au son de notre impuissance—sans indulgence

ainsi le cours file, flotte, se suspend... se ré-écoule, puis stagne un moment—tumultueusement harassé, monstrueusement bousculé

on n'a pas la main ; on se la donne sans dédain... pour, ensemble, assumer un destin commun, franc et anodin—sans opportunité marquante et sans opposition de principe

on se dépose là où l'on peut—en attendant le reflux, qui seul nous dira si l'on peut... se concevoir comme un "je"

demain sera grand