l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

la musique, le cristal et l'altitude

écrire sur une musique, ce n'est pas la trahir ; c'est entrer dans une écoute de résonance—aux volutes pro-réactives

ni alerte, ni désir, ni intelligibilité... juste des pas dans la neige—qui font écho à d'autres boucles climatiques, empiriques, systémiques

je marche comme lui ; moins vite que lui... et j'entends la cascade au flux rapide, aussi bruissante que le vent dans des feuillages de canopée

les pas grimpent régulièrement ; ils appuient de tout le poids corporel de celui que je ne connais pas, et s'enfoncent sans hésiter dans le matelas de flocons jusqu'à une couche blanche plus tassée, masquant la terre du fond

comme dans la vie, fidèle à elle-même, l'empreinte suit ; l'objectif jamais atteint ; l'effort toujours incertain

entre deux crevasses, le pionnier se glisse dans l'histoire du glacier ; téméraire, il affronte le risque et jauge la voie en amont avec son piolet

pour un morceau de toit : roche saillante, crochetée... ou dos bombé, lissé

dominer depuis "là" ; s'intégrer depuis "là"... dans l'oxygène raréfié, purifié—clair, sec et lumineux

pour en soi gagner la zone d'ivresse et de franchise, de sensibilité et de beauté, de larmes et de vérité : pour s'abandonner à l'altitude, dans l'immuable mystère d'une élection sous-tension

oui, cela existe ! cela existe bien, et ma molécule, aussi tendre soit-elle, fait partie de ce Tout grandiose et anodin—qui, pour une fois, m'aura attendue afin que j'y glisse et mes yeux, et mon nom

tel le cristal, "je ne fais qu'un" dans l'éclat de ma voix ; la brillance de l'air au loin courbe la Terre et manifeste la planète

nous appartenons au bleu de l'univers ; le soleil face à nous irradie de Vie ; magnétiseur de nos énergies, il aveugle nos souffles de son éblouissante aura

ample et dense, la découverte de son espace ; divine et silencieuse, l'appréhension de sa chaleur

rouge, on devient ; brûlés, on revient ; sans plus "voir"... parce que la lumière nous a trop saisis, immolés, puis refroidis... coupés du reste de la Création sous nos pieds

Vue depuis l'Everest.
l'éternité est de courte durée

la Vie ne lui résiste que dans l'éphémère des transitions—quand tout retombe déjà : l'intensité et l'exaltation se rétractent alors doucement

une crampe, un raidissement... dès lors que le corps redevenu ordinaire n'habite plus la dimension dilatée

épouser de près la descente dans la détente absolue et accuser la disparition dans le renoncement à l'agir

je n'ai plus de pensée... dans un appel d'air, mon corps a été simplement traversé—par un paysage époustouflant

symbole de l'égrainage d'une temporalité immaculée, immortelle dans le coeur de celui qui s'y trouve incrusté

je ne l'ai pas vécu ; mais, si, j'y étais !

les notes allongées soutiennent le moment—où la glace n'a cessé de reluire et de se donner... à l'évaporation des cimes

la Terre blanche est appelée "haute" dans sa destinée ; elle ne s'évanouit que pour adoucir le passage de vie à trépas

elle descend dans la vallée—là où les hommes cultivent les champs pour s'unifier aux saisons... et disparaître à l'hiver

elle se réchauffe et s'assouplit en mille formes de Vie, qui s'épanouissent au fil des rivières cavaleuses, ou qui s'alanguissent au bord des lacs paresseux

la bienveillance est nécessaire en orbite

la compassion accompagne le réveil des gelures dans les atmosphères moites des contrées plus basses, humides, caillouteuses ou déjà vertes

et lentement le fluide s'écoule, et chaotiquement les perceptions s'estompent : alors les dernières lueurs s'éteignent, et brusquement on devient pleinement "elle"—celle qui nous a offert son linceul

... pour après, mieux renaître

l'instinct de survie est puissant dans le souffle des coeurs qui veulent marquer l'humanité

comme l'apnéiste, l'homme des sommets vitalise en lui ce qui lui reste de rapport au corps—si mince, fragile, voire imperceptible

les Autres Dimensions appellent l'homme des profondeurs ; les résurgences alors sont des flashs bien comateux ; et quelque chose se décroche... voudrait baigner plus loin

... ne jamais revenir de si puissant dans le cosmos inconnu de tous

les limites sont inutiles

elles transgressent l'aptitude des êtres à entendre ce qui leur revient ; restons plus loin

admettons que rien n'est plus enveloppant que cette musique qui porte ses ondes jusqu'à moi—et qui me parle de vous dans l'entrelacs rythmique des respirations

la délicatesse vaut pour les résistants de la première heure : ceux qui prennent le temps parce que leur intuition les devance

aucune marge d'erreur ; juste un battement de paupière pour donner l'accord dans l'adéquation des consciences et l'osmose cellulaire

jamais je ne me retourne impunément ; ici, cela fait preuve d'a-temporalité, dans le creux universel du secret

là où l'Ange apparaît et où la parole s'exprime ou se tait... sans plus de vertige à déplorer