on s'efface dans le coton ; on s'affirme dans la discrétion ; on se passe de confirmation ; et on s'oublie dans l'avenir qui ne vient pas
on n'est pas grand chose quand on doute : on récure les coins et les surfaces ; on écume la mer et les vagues
on ne trouve rien de vain en nos faibles performances ; on dispatche notre portefeuille en mille coupons ; on s'épargne ainsi du rêve et du crachin
les musiques toujours nous accompagnent, nous rythment, nous entraînent et nous endiablent
on est bien le ventre plein
une vie d'apparence, de contentement et de rien
la création nous surprend tandis que notre panse à nouveau se plaint ; la gaver n'ajoute rien
rien de véritablement important dans tes yeux... si ce n'est la mort d'un ami dans une ivresse, une gentillesse, une petitesse—celles de la vie qui se moque... de la vie elle-même
alors l'amour viendra—court, rapide, fugitif, incisif... au seul moment du deuil et dans l'immensité de la disparition
les yeux se fermeront et la mélancolie tendra les visages en une note finale
il ne faut pas
... pas mentir, pas flétrir, pas angoisser, ni désespérer ; seul le temps qu'il nous reste dira... ce dont nous n'avons plus besoin en dehors des bras
en dehors des pas et des chats, des biens et des liens, des mots et des eaux
en dehors des coups et des lois, des loups et des rois, des proues et des voies
... en dehors des abandons et des résurrections—que l'on ne veut surtout pas voir ; des cloches que l'on ne veut surtout plus entendre
seul ce temps-là nous exaucera et dans son mystère nous accentuera
les vertus se travaillent à la force des mains ; les minutes se tuent sans périls trop vrais
il n'y a plus que cela d'éteint : demain
ce qui demeure vivace, c'est lui, c'est encore lui et toi, et toi
ce qui se montre encore, c'est le chemin de neige ou de sable—peut-être de sang
et l'Ange qui ne dit phrase, consent
quelque chose alors se montrera de ma foi, se manifestera de mon zèle, s'embrasera de mon éveil
et toi, comme ma mère, mon amante ou ma soeur, tu seras là
telle une statue glorifiée dans mon existence, un piédestal érigé en mémoire de ce que je n'ai pas su être
une larme à l'effigie de ma meurtrissure—sans emphase, ni dramaturgie ; sans vide, ni insignifiance
une larme sans gain, ni perte ; sans prétention, ni reniement
une difficulté à avaler... ce qui, après, ne sera plus ; jamais plus
ce qui ne se vivra plus—ni dans les jardins, ni sur les pelouses ; ni au-dessus des fleurs, ni accroché aux arbres
le ciel ne nous parle que de "cela" ; les cimes s'élancent vers ce qui déjà s'affaiblit et de nous ne dit
... que la vastitude et la paix de quand on n'est plus, vraiment plus
tout s'efface, ou se recalcule dans la marge d'erreur des leurres
si tu n'es pas présent maintenant à ce que tu es, c'est définitivement perdu, vécu, tordu, mordu !
il n'y a plus un "je" pour te sauver, ni un "tu" pour te refléter
profite de ta terre et de l'air pour, dans le flux, t'immerger, dans la vie, te protéger et, dans le ténu, t'ignorer
profite de l'absence de mère pour assumer ta liberté et de la présence du père pour explorer ta dignité
tes tuteurs sont ta planche de salut ; ils exécutent les lignes de ta conduite qui les mènent vers la cible
jusque là où seule la dissolution a voix au chapitre pour un éclat... de toi
tout cela est fin, se déchire comme du papier et se renifle comme du tabac
il n'est pas de moindre "viens" que celui que tu me tends là... vers moi ; vers le tendre émoi de la jeunesse quand elle se faufile dans ses filins à lui et s'invisibilise dans son froid
rien, ni personne n'est à même de soutenir la tendresse de toutes nos croix, et pourtant on pense celles-ci nécessaires à nos progrès
pour rendre visibles les bifurcations, les fourches, les dégagements et les priorités
je ne double aucun de mes amours ou de mes amis ; je ne stagne nulle part où je n'ai d'ennemis ; j'agis comme je suis
ce qui compte me le rendra... comme à un disparu de souche certaine, comme à un étranger de profil connu, comme à un agnostique de tranche valeureuse
ce qui, à ce jour, décompte pour moi... viendra simplement vers moi et ne me trahira pas : l'équilibre est simple ; il n'y a qu'à se laisser aller, qu'à ignorer et à faire monter... plus qu'une jouissance : une inconsistance et une survivance—tout sauf une délivrance puisque l'on emmène tout... différemment, mais tout
j'aurais aimé à m'en souler ; j'aurais aimé sans préjugés ; j'aurai aimé en condensé
l'émotion est le germe de la vie d'après
le tout-venant n'est jamais que le résultat de nos élans, le terme de nos crispations, l'ouverture vers nos manques et le comble de nos sidérations