on préfère vivre avec une page pleine qu'encore vide ; pour d'autres, c'est le contraire : pour vivre l'appel d'air, la permission suprême, le glissement savoureux... du film qu'est l'écriture
le monde est si bruyant et souffrant, cruel et lunaire envers les animaux—l'homme au coeur du mal dans la réification de la Vie, dans l'ignorance de sa Mère, dans l'instinct de déni, dans la malformation de son aura, dans l'extinction de son Ange
comment peut-on supporter l'agonie et la tuerie, l'angoisse et la conscience de ceux qui, jusqu'à ce seuil, magnifient encore la Vie ?
... sans se plonger soi-même dans l'abysse des âmes condamnées, des pourritures avérées, des gangrènes confirmées
je ne souhaite que le mal à ces gens brutaux et inconscients — et j'ai tort
Ils sont Moi
des parts de moi n'y survivront pas, je le sais et je l'accepte
je me mets en liaison avec tous les veaux que je tue en buvant leur lait ; et je n'exorcise rien—pas même ma détresse à ne pouvoir suspendre cette fatalité routinière
si je voyais comment ils meurent, appellent leur mère, devenue folle, et tombent dans l'abîme humaine, arrogante et stupide
... je prendrais le temps d'agir en présence et de comprendre leur douleur et leur peine chaque fois que se manifeste ma "survie laitière"
je ne développe pas une haute estime de moi-même ; pourtant, je me trouve impuissante, entraînée dans le mouvement — comme d'autres à la volée
on est tous conditionnés, tous manipulés, tous enchaînés
on vit comme des aliénés sans penser... au privilège de notre confort, à la saveur de notre chaumière ; à la faveur de notre incarnation, à la grâce de notre condition
comment re-donner tout ce que l'on reçoit en l'ayant transformé ?
qu'offrir de soi comme rayon de partage ? que dégager de soi comme apport profitable ? que libérer de soi comme espoir transmissible ?
mon coeur ne souffre que pour eux qui s'expriment sans mots, et qui accompagnent leur déclin sans commentaire, sans rebellion, ni amertume
eux... savent que, dans leur chute le long de la muraille, la Nature les sauvera en son invisibilité divine
ils sont UN en son sein ; ensemble, ils survivront en UN
leur hymne nous parviendra d'en bas et d'en haut, par le cercle vertueux qui nous entourera, dans l'amour d'eux
les cauchemars n'en finiront pas, mais leur Amour sera là... premier, originaire, intégral et protégé
l'Amour n'existe ni exclusivement En nous, ni particulièrement En Dehors de nous : il nous sublime en nous traversant, en nous inter-reliant, en nous co-affectant, en coupant les frontières et en illuminant les opacités
l'Amour, c'est mon père, c'est ma mère, en ce que ceux-ci possèdent d'inconscient qui me regarde naître
on n'est rien l'un pour l'autre en dehors de la nécessité qui nous rend "existants"—cette histoire qui se prolonge dans nos veines et qui nous force à accomplir nos vies
on ne sait d'où vient ce nectar ou ce fiel... on ne sait, mais la survie nous harcèle, l'intuition nous poursuit et le désir nous malmène
on tient, à vue de nez, tendus par un futur à mille pistes déjà indéterminées, attirés par des bifurcations aux centaines de possibilités jamais explorées
on ne le sait, mais on surfe sur l'impossible ! on projette des visibles... en oubliant tout le reste des inconnus qui agissent sur nos dérives
nos périples sont plus sûrement des arabesques subtiles sur de la glace, que des forages grossiers dans une carrière d'argile
nous, les taupes, on s'insurgent contre l'ignominie, l'injustice et l'abomination, de nos destins, mais si l'on savait !... et la complexité des coulisses cosmiques, et la simplicité des règles intérieures
on se tairait et doucement on acquiescerait... ; nos envies ne sont que l'expression d'autre chose de plus fondamental : la capacité d'évoluer, de se déplacer dans le sens de ce que l'on voit et que l'on sent ; nos envies sont des outils, des moyens—habiles ou dévoyés
de même que nos émotions, on n'a besoin d'elles qu'en tant que carburant et boussole... pour avancer, progresser, cheminer
... vers "nous"—le Noos de lettres et de chair
si on ne Le veut pas, Il n'arrivera pas ; pareillement à la jouissance, si dans la tension, on ne se détend pas, Il ne se manifestera pas
faisons ce que nous pouvons, et re-lions... toutes les dimensions : l'Ange à la cellule, l'humain à la terre glaise, les sentiments aux sentiments, les formes aux signes et l'être aux gestes
alors, en nous, poussera un aspect de la Vérité—de la Phénoménalité et de la Sagesse
alors, nous ne pourrons pas encore nous reposer, car le "monde autour" nous brouillera en notre unicité, nous attaquera en notre singularité, nous accusera en notre authenticité
nous étouffera, nous absorbera, nous engloutira... sans pourtant ni nous tuer, ni nous rendre sourds ou muets, seulement discrets
un instant viendra où "notre son" pour les autres sera juste ; c'est une question de temps... question de feu et de portée, à la genèse
on ne joue pas, on ne s'excuse pas, on n'abuse pas ; on vit ce que l'on boit, et on abrite ce qui en nous circule — un flow
une liquéfaction d'avant l'éther ; une condensation de l'Ange comme énergie de Résurrection dans nos corps de Lumière
les couleurs sont nos amantes immatérielles et les accords nos maîtres harmoniques
nous ne pouvons plus ne pas les rendre "émergés"—fiables et connaissants ; ils sont la Création