l'ange est en moi

il n'y aura pas d'image, ni de majuscule, ni de ponctuation, ni même peut-être de phrase tout sera né de l'intérieur de l'An...

vous et moi le savons

l'autre monde, quelles sont ses limites face à nous ? est-il plutôt "complaisant" ou plutôt "connaissant" de les franchir ?

pourquoi la morbidité gagne-t-elle certains esprits poreux et impressionnables ? alors même que le continuum, lui, est serein

mon héroïne aime évanouir la partie d'elle inapte à la régénérescence des fluides

elle se laisse absorber par l'onde marine ou sonore, et glisser dans des univers parallèles, anamorphiques

elle s'oublie dans un espace aux vibrations vrillées—aspirées par le Vortex initial, sur lui-même puissamment antéversé

elle claque des dents dans l'attente du soleil levant et s'émousse au vent violent

elle se laisse descendre—comme "pompée" du dessous du phénomène qui l'anime

elle ne demande que la musique... des boucles qui s'évadent dans les autres mondes naturels qui l'habitent

l'aura peut-être réside en cela... en cette radiation lumineuse venue du mouvement même de l'acte

"libérer", cela implique de capter ce qui advient, pour rigoureusement nager dans celui qui devient

c'est "virer de bord" depuis le vaisseau qui nous véhicule, sans perdre ceux qui se trouvent à bord

c'est imaginer dormir au milieu de mille fleurs constellées de soupirs et d'avenir

c'est prévenir chaque logis du souvenir suspicieux et de l'écrasante colère

enfin, c'est guérir ce qu'il y a, avec toujours la menace de ce qui n'est pas

j'envenime les dires en déformant les axes et en emmêlant les causes ; je ne me représente d'ailleurs pas complètement ce que je dis... mais cela me parle de la dimension subtile qui en moi s'agite

j'exprime ce qu'à demi-cils mes yeux entrevoient de plus difficile, de mieux protégé, de plus fluide, de moins accessible

j'envisage de l'enfumer pour le sacraliser : tous mes lasangs sont embaumés, puis incinérés ; leurs substances se dispersent avant de parfumer l'air que vous respirez

l'indicible se dérobe sans rien perdre de sa vérité, sans rien affirmer de sa complexité, sans rien assumer de son amertume

il s'effiloche telle une pelote mal tricotée ; incertain et distancié, tel "en mirage" liquéfié

la soif est cruelle ; la solidification irréelle ; la proposition idéelle : les fantasmes neuronaux s'ajustent dans la clarté des archétypes ancestraux

et elle ? elle s'illustre dans le champ des possibles dès lors que ces visions sont aptes à la percevoir et à la dé-saisir de son poids d'inconnu

je pars avec elle en toutes saisons, alors même que les moissons franches sont légions et que les torrents assèchent leurs courants

je dissous mes amarres et m'élance dans le vide des horizons diurnes, pour appeler sur moi le charme qui me fera fondre et assurément jouir

j'envie les étoiles qui ne bougent pas, mais qui le font à grande vitesse, de façon à te perdre dans moi

je ne donne aucun visage à ce paysage—dont la glace m'érafle sans mal et la combustion m'agrège de scories

comme cela, je passe... mon tour et ma voie, ma demeure et ma joie ; ma vie n'est pas... en ce que vous croyez qu'elle pourrait être

mais elle EST en ce que je sais qu'elle persistera

cette insistance à vouloir débattre est à l'origine de la connaissance, mais aussi à celle de la folie ; les deux vont ensemble

les deux se perdent dans l'azur brumeux des angoisses temporaires qui fixent les frontières et réarment les angles

à la croisée des lumières, on ne sait plus que creuser dans la terre un repos dissident et téméraire : se quitter

déraper pour mieux se diriger et puis s'estomper, se retirer, se voiler, se cacher... pour imaginer "devenir"

il y a une marge entre se voir crisper et accepter de disparaître, entre retenir et succomber à l'attraction de l'éphémère

on ne le sait pas assez, mais les éloges vont à ceux qui s'ouvrent au geste même—qui en lui-même n'est rien

peut-être suis-je en cours de création ? peut-être suis-je en simulacre de destruction ?

toujours est-il que cela est doux, extrêmement frêle et précieux, magistralement existant

je ne m'éreinte qu'à le décrire en le désarticulant, en le surexposant, en l'anesthésiant — avis aux marcheurs des premiers rangs : marchez tranquillement, favorablement, inexorablement ; enfoncez-vous dans la brèche et délaissez vos altères ; les cieux sont les vôtres

la grâce nous "enchappe", et pareil à un démon nous enracine dans le fluctuant des évènements... pour qu'on n'y voie plus pareil

et je bascule avec vous dans le sinistre et le déceptif ; dans le rouage fécond du clair-obscur qui déprime les zones artificielles et fait mourir celles conditionnelles ; mais qui prépare le lendemain du lac—jour où l'inconscient reprendra source vitale au valeureux Soleil

allez ! il n'est plus temps de rebondir, mais juste de s'arrêter... pour prendre ces mots comme des rayons sans soucis

sans compromis, sans arrière-plans, ni double-fond

je vous guide vers une absence très ponctuelle—qui flotte dans l'ère raréfiée des anges par nous-mêmes "vivifiés"

je vous abandonne dans le mood de reliefs informes, parce qu'ils s'aiment sans parvenir à créer de formes

je vous distingue dans le sillage de ma raison—sans émotion, sans canon, sans effusion, sans explosion

à maux feutrés, je vous dévisage pour guetter l'apparition... en vous... de ce qui scellera le lien Avec L'Ange

qu'en pensez-vous ?

quoi de plus "présent" que cet "entre-deux" qui permet la relation ? vous et moi le savons : plus nous engageons notre profondeur et plus nous nous rejoignons